La Syrie, le Congo, et le micro-ondes nucléaire

Suite à ma pub sur Facebook on reçoit une foule de nouveaux abonnés (quinze). Bienvenue, installez-vous, j’espère que vous ne vous désinscrirez pas après ce long mail (j’ai mis plein d’images pour rendre ça plus sympa). Aujourd’hui on revient, comme trop souvent, sur l’actualité syrienne, puis on s’intéresse à une guerre africaine oubliée qui risque de se réenclencher, on parle un peu de nucléaire mais pas de la manière dont on a l’habitude. Puis on finira avec une note positive sur l’armée chinoise qui joue les écolos, et une vidéo pour digérer le tout. Bonne lecture!

Bachar al-Assad, la rébellion et la fin de la guerre
La guerre civile en Syrie refait beaucoup parler d’elle ces derniers temps, avec un regain de tension paradoxalement dû à la fin très proche du contrôle territorial par l’État Islamique. Maintenant que le grand méchant est sur sa fin, les différentes parties en conflit recommencent à se rentrer dedans pour récupérer du terrain. Depuis quelque jours, le régime syrien attaque intensément la région de la Ghouta orientale, c’est-à-dire la partie Est de la périphérie de Damas, la capitale. La région est toujours principalement contrôlée par Jaysh al-Islam, une organisation que nos médias considéreraient comme « islamistes modérés » (car non-djihadistes) qui fait partie d’une large coalition de groupes rebelles. Assiégée depuis 2013, la situation humanitaire est catastrophique, le régime syrien bloquant souvent les convois humanitaires. L’ONU s’alarme d’une situation dramatique pour les civils coincés dans l’enclave, sous des bombardements constants. 
The Washington Post recueille des témoignages sur place

Positions des forces dans la Ghouta Orientale. Source: BBC

La Turquie, les Kurdes et les montagnes
On en parlait il y a un mois, l’armée turque a lancé une grande opération pour envahir le canton kurde d’Afrin, au Nord-Ouest de la Syrie, aidé par ses copains de l’Armée Syrienne Libre. Ça ne se passe pas aussi bien que prévu pour eux. Au bout d’un mois, seuls 23 villages sur les 350 du canton sont contrôlés par les forces pro-Turcs, soit 7% du territoire visé par la campagne militaire. Tous ces villages sont proches de la frontière, dans des endroits où les forces kurdes n’ont pas pu mettre en place une défense efficace, mais l’armée turque se heurte désormais à une première réelle résistance. Les combattants kurdes sont expérimentés aux techniques de guérilla en terrain montagneux, et arrivent très bien à ralentir considérablement l’avancée turque. Les armes qu’ils ont pu acquérir durant la guerre civile syrienne leur ont permis de détruire plusieurs tanks et un hélicoptère turcs, ce qui représente une grosse gifle symbolique pour le régime d’Erdogan. Moralité: c’est bien beau d’avoir des chars blindés et des armes en grand nombre, mais c’est peu efficace dans des montagnes qu’on ne contrôle pas.
À noter que des informations plus ou moins fiables laissent penser que des agents du régime de Bachar al-Assad se mettraient en position dans la ville d’Afrin pour soutenir les forces kurdes contre l’invasion turque, ce qui, en plus des difficultés techniques, pourrait finir de dissuader la Turquie. Ou promettre un regain de violences.

La situation dans le canton d’Afrin, au Nord-Est de la Syrie
  • En jaune les positions kurdes
  • En vert les positions de l’armée turque et ses alliés
  • En rouge les positions du régime syrien
Les trois tours bleus au sud du canton sont des postes d’observation mis en place par l’armée turque dans les zones rebelles syriennes

Le Congo, la guerre et à nouveau la guerre
Un des conflits les plus sanglants du siècle a eu lieu dans un pays quatre fois plus grand que la France, et c’est pourtant une guerre complètement oubliée aujourd’hui. The Economist revient sur la guerre civile en République Démocratique du Congo, nous rappelant alors que le risque de retour du conflit n’a jamais été aussi présent. En 1994, les génocidaires du Rwanda, vaincus, battent en retraite et se réfugient dans le Zaïre voisin (qui sera bientôt renommé République Démocratique du Congo). Les troupes rwandaises entrent dans le territoire zaïrois pour finir le travail. Personne ne leur oppose de résistance, tant le dictateur de l’époque, Joseph-Désiré Mobutu, est alors détesté. Le Rwanda en profite donc pour le renverser, et y mettre un copain, Laurent Kabila, à la place. Sauf que lui aussi se met vite à préférer les génocidaires Hutus, et le Rwanda soutient alors activement une rébellion armée contre celui qu’ils ont aidé à placer au pouvoir. D’autres pays africains s’en mêlent, certains en soutien de la RDC, certains en soutien du Rwanda. Des groupes paramilitaires et/ou criminels fleurissent dans le pays, les institutions s’écroulent, les ressources sont pillées selon la loi du plus fort. Quand la guerre s’essouffle enfin au début des années 2000, une importante force de Casques Bleus de l’ONU tente de maintenir une paix fragile. Pour autant le pays se relève trop difficilement des longues années de chaos. L’instabilité est maintenue par une corruption omniprésente, les déplacements de populations fuyant la guerre, l’absence de légitimité du gouvernement… Ces dernières années marquent le retour en force des milices dans le pays. L’année 2018 marquera l’année des coupes drastiques du financement américain à l’ONU, fragilisant un bon nombre d’opérations de maintien de la paix, dont celle encore en cours au Congo. Un retour du conflit dans un des plus grands pays d’Afrique présenterait un important risque de propagation des violences sur le continent. La balle est dans le camp du gouvernement actuel, qui a promis des élections dans les mois à venir, mais aussi dans le camp des puissances étrangères, africaines ou autres, qui ont le pouvoir diplomatique et politique de calmer le jeu plutôt que l’envenimer comme ce fut le cas lors du précédent conflit. 

L’arme nucléaire et les EMP
Vous l’avez remarqué, j’aime bien parler d’Apocalypse, donc on va encore parler de nucléaire, mais cette fois pas avec le genre de stratégie qu’on a habituellement en tête pour la guerre nucléaire. On rapporte assez instinctivement l’armement nucléaire aux grosses explosions qui vitrifient des villes entières. C’est normal, c’est le cas les deux seuls exemples historiques d’attaques atomiques (Hiroshima et Nagasaki). Pourtant, l’arme nucléaire est pleine de ressources, de la bombe sale tant souhaitée par certains groupes terroristes aux armes tactiques dont j’ai déjà parlé. Mais aujourd’hui, un bon article explicatif de Mauldin Economics propose des’intéresser à l’utilisation du nucléaire dans le cadre d’une attaque à impulsion électromagnétique (IEM, ou EMP en anglais). Le principe des EMP est simple, et les fans de jeux vidéo le connaissent bien en principe: une forte émission d’ondes électromagnétiques vient griller tous les appareils électriques et électroniques environnants. Il se trouve qu’une déflagration nucléaire, si elle a lieu à une certaine altitude, pourrait servir d’EMP sur un très vaste territoire. On ne se retrouve donc pas avec la ville anéantie dans les flammes, mais, comme le montre la carte ci-dessous, le potentiel de destruction reste colossal. En outre, il suffit d’une seule ogive bien placée. Il se trouve que la Corée du Nord en a, des ogives, et le fait que les États Unis en aient 4000 de plus ne change rien au problème si Pyongyang préfère utiliser ses missiles pour créer un micro-ondes géant. La perspective d’une nation qui perd la quasi-entièreté de son réseau électrique suppose un bilan humain plutôt lourd, et pose la question de la capacité de seconde frappe. Pour autant, l’article rappelle bien que, en l’absence d’exemples historiques, la vraie puissance EMP des armes nucléaires est dure à déterminer, et que ce simple fait pourrait dissuader la Corée du Nord (ou une autre nation pas contente) de tenter l’expérience. 
En bonus, dans le doute, une petite vidéo sur le business renaissant des abris anti-atomiques

L’étendue supposée des dégâts d’une EMP nucléaire selon l’altitude de détonation, que je vais de ce pas convertir en système métrique

  • Une détonation à 50 km de hauteur aurait un impact dans un rayon de 770 km
  • Une détonation à 195 km de hauteur aurait un impact dans un rayon de 1610 km
  • Une détonation à 480 km de hauteur aurait un impact dans un rayon de 2370 km

Le rayon dépend néanmoins de la puissance de l’arme détonée, Il est probable que l’ampleur des dégâts soit moindre plus l’arme est enclenchée à haute altitude.

L’armée chinoise et les arbres
Soixante mille soldats chinois sont chargés de planter 6.66 (ça ne s’invente pas) millions d’hectares de forêt autour de Pékin, dans un effort de réduction de la pollution atmosphérique produite dans ce pays. Mais surtout une occasion de rappeler qu’un soldat, ça ne sert pas qu’à faire la guerre. Continuons de leur trouver une vraie utilité.

[VIDEO] Trump et le reste du monde
John Oliver revient enfin, et nous propose une saillie contre la diplomatie (ou la non-diplomatie) de Trump avec le reste du monde. On y parle de soft power (concept qui consiste à ne pas traiter les autres pays de « shitholes »), de l’absence de leadership global qui profitera vite à la Chine, et de l’avenir de l’Europe délaissé même au sein de l’OTAN. Pessimiste et drôle.

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Aujourd’hui on s’attarde sur la complexe situation en Libye (et croyez-moi, on effleure seulement le sujet), on revient sur la Corée du Nord et sa stratégie diplomatique à travers les JO, puis on enchaîne avec deux tristes constatations sur la Syrie et le nombre d’enfants touchés par la guerre. Mais pour se relaxer (ou pas) on finira par une vidéo! Bonne lecture.

La Libye, la Russie et le reste
Le New York Times s’inquiète de l’influence croissante de la Russie dans les affaires libyennes, alors que l’Administration Trump se désengage de plus en plus des affaires de l’État. Une bonne occasion d’essayer de comprendre un peu mieux ce qu’il se passe dans ce pays si proche de l’Europe.

En 2011 a lieu le Printemps Arabe, parti de la Tunisie voisine. Le mouvement ne tarde pas à s’étendre à tout le reste du monde musulman. La Libye, sous la poigne ferme du Colonel Kadhafi, ne fait pas exception. Prétextant un devoir humanitaire, l’OTAN intervient pour renverser le dirigeant, foulant ses engagements pris auprès de la Russie à l’ONU: une intervention accordée par le Conseil de Sécurité ne devait être qu’une aide humanitaire pour les populations civiles, mais la France et les États-Unis en ont profité pour lancer une opération militaire. Beaucoup avancent l’idée que si la Russie est aujourd’hui si réticente à accorder quoique ce soit sur la question syrienne, c’est suite à cet abus de confiance en Libye. 

Une fois le colonel assassiné dans des circonstances très étranges, le pays se retrouve en proie à différentes factions concurrentes pour le pouvoir. Sans retracer toute l’histoire du conflit (qui s’est aussi déroulé au niveau administratif, avec une des deux chambres parlementaires refusant l’autorité de l’autre), retenons qu’il reste aujourd’hui deux gouvernements: à l’Ouest, tenant la capitale Tripoli, le gouvernement de Fayez el-Sarraj, officiellement reconnu par l’ONU. À l’Est, contrôlant une grande partie du territoire et une importante manne pétrolière, règne le gouvernement de Tobrouk, sous la direction du Maréchal Haftar, dignitaire de l’ancien régime Kadhafi. Ce deuxième gouvernement base son autorité sur la scission de la chambre des représentants évoquée plus haut. S’il n’est pas reconnu aux Nations Unies, il entretient tout de même des relations assez étroites avec la Russie et l’Égypte voisine entre autres. Les efforts internationaux pour former un gouvernement d’entente nationale progressent plutôt bien, et même notre Président y travaille (le but étant à terme de stabiliser le pays pour pouvoir juguler le flux d’immigration le traversant). Mais l’influence de la Russie sur le Maréchal Haftar, lui même très influent sur une grosse partie du pays, peut inquiéter l’Occident, et notamment l’Europe à quelques kilomètres. Même si une entente nationale arrive à être mise en place, la Russie aura peut être eu le temps de placer ses pions dans les couloirs des institutions du pays, sécurisant des relations privilégiées concernant le commerce, le jeu diplomatique, ou même les affaires militaires.

La situation libyenne est actuellement plutôt stable, les deux gouvernements coexistant et dialoguant de mieux en mieux. Mais ajoutez à cela la présence de Daech dans les zones côtières, les volontés indépendantistes de la Cyrénaïque (partie Est du pays), et le contrôle d’une partie du désert par les tribus Touaregs et Toubous, et vous vous retrouvez avec une bonne soupe de problèmes supplémentaires. 

En bleu, le gouvernement de Fayez el-Sarraj reconnu par l’ONU
En rouge, le gouvernement de Tobrouk dirigé par le Maréchal Haftar
En rose, les régions contrôlées par des tribus Touargs

La Corée du Nord, le charme et la crise
La Corée du Nord se met à jouer les gentils. Ils paradent aux JO avec leur némésis du Sud, ils envoient la jolie et souriante soeur du leader serrer la main du Président Sud-coréen, ils mettent en pause la rhétorique guerrière… The Star nous rappelle que ça n’a rien d’une révélation mystique, et que cette stratégie est même très intelligente pour atteindre les objectifs militaires du régime. En se rapprochant de la Corée du Sud, pour l’instant de manière uniquement symbolique, Pyongyang s’accorde le luxe de déplacer la crise vers les États-Unis. Alors que les relations coréennes se réchauffent, il devient plus difficile diplomatiquement pour les États-Unis d’asséner de lourdes sanctions et de menacer d’attaques la Corée du Nord. Les JO servent d’excuse parfaite pour parfaire l’image de Pyongyang, qui aspire à avoir sa place dans l’arène internationale. Cerise sur le gâteau: tout ceci se fait sans que le régime Kim n’ait évoqué quoique ce soit concernant son programme nucléaire, qu’il poursuit comme auparavant. Sans arguer que c’est un rapprochement de façade entre les deux Corées (on ne le souhaite pas), il est clair que c’est un coup de maître de Kim dans la bagarre diplomatique qui se joue avec les États-Unis. Alors que le pays est sur le point d’achever un objectif crucial de son programme nucléaire (miniaturiser les ogives nucléaires pour les placer dans des ICBMs), le régime fait en sorte d’être inattaquable, ou du moins de rendre toute attaque ou sanction très coûteuse pour l’image des États-Unis. La magie du sport?

Les Nations Unies et la Syrie
Depuis quatre ans, le diplomate italien Staffan de Mistura est Envoyé Spécial des Nations Unies sur la crise syrienne. Son job, ambitieux au possible, est de réunir les acteurs en conflit pour trouver des solutions politiques, et surtout pacifiques. Il a déclaré ces derniers jours que durant l’entièreté de son mandat il n’a jamais connu de période aussi sanglante et inquiétante pour l’avenir du pays.
J’entends souvent des jeunes accuser l’ONU de ne rien faire en Syrie, donc de ne servir à rien. L’ONU n’est pas, peut-être malheureusement, un gendarme du monde. C’est un lieu de négociation entre tous les États. Si l’ONU ne fait rien en Syrie depuis des années, c’est pour une seule et unique raison: la Russie pose son véto contre toute action envisagée au Conseil de Sécurité. Ce n’est pas l’ONU, c’est l’État russe. Staffan de Mistura, lui, c’est l’ONU. C’est le dernier acteur impartial à tenter de trouver des solutions durables, à chercher des solutions d’urgence pour protéger les civils, et à promouvoir un combat pour la paix qu’il a l’air d’être le dernier à vraiment porter aujourd’hui dans ce genre d’arène. Quand vous pensez à l’ONU, essayez de plutôt penser à lui. Et je ne dis même pas tout ça parce qu’il avait son bureau pas loin du mien. 

Les enfants et la guerre
Dans le monde, un enfant sur six vit dans une zone de guerre. Prenez le temps de visualiser l’ampleur de ce chiffre. Essayez d’imaginer les conséquences pour la génération de jeunes traumatisés, voire d’apprentis soldats qui grandit, dont une grande partie sur les routes migratoires.

[VIDEO] 1962: Cuba et les missiles
L’excellente chaîne Youtube Extra Credits commence une nouvelle série historique sur la crise des missiles cubains de 1962, considérée comme la crise internationale la plus intense de l’histoire, fort heureusement désamorcée avant que tout le monde ne meurt dans un feu d’artifice nucléaire. Le premier épisode est en ligne.

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Aujourd’hui on revient sur l’actualité brûlante: l’escalade du conflit syrien, avec l’implication croissante d’Israël. On parlera aussi, comme un peu trop souvent, du risque de guerre en Corée, et ce en évoquant des scénarios très alarmistes. On finira sur une note un peu plus légère et optimiste, avec un article sur les manières de faire de la diplomatie humaine, bien plus efficace pour désamorcer les conflits. Bonne lecture!

Israël, la Syrie et l’Iran
Grosse actualité de la semaine, l’escalade des hostilités entre Israël et l’Iran, sur le théâtre syrien, fait craindre des conséquences graves. L’incident prend pour origine l’entrée d’un drone iranien sur le territoire syrien (survolant le plateau du Golan, ancienne région syrienne conquise par Israël en 1981). Tsahal, l’armée israélienne, abat le drone puis lance un raid sur sa base de lancement au Sud de la Syrie. Lors de l’opération, un avion F16 israélien est abattu. Les pilotes s’en sortent, mais l’événement marque la première fois depuis 1982 que Israël perd un avion de guerre sous le feu de l’ennemi. Son premier ministre promet de continuer les opérations anti-iraniennes en Syrie.
La guerre civile syrienne est devenu le lieu de rencontre de nombreuses puissances étrangères, dont l’Iran. Téhéran utilise principalement ses loyaux alliés du Hezbollah, un groupe paramilitaire chiite né au Liban, mais a également envoyé ses propres troupes et son équipement sur place, pour soutenir le régime de Bachar al-Assad. Pour Israël, l’Iran est la principale menace nationale actuelle, et voir sa présence accrue dans la Syrie voisine est une grande source d’inquiétude depuis plusieurs années. Les tirs israéliens contre des positions du Hezbollah ou du régime sont assez courantes, mais l’escalade de samedi est une première, et représente un nouvel obstacle aux négociations visant à la désescalade dans les différentes régions syriennes (des « zones de désescalade » avaient été négociées par les principales puissances présentes militairement, y compris dans cette zone Sud-Ouest). La Russie ne semble pas vouloir intervenir pour l’instant, mais pourrait avoir un rôle à jouer dans le futur proche pour éviter un envenimement dans le sud de la Syrie (ou pour y participer…)
En attendant, malgré la défaite annoncée de l’État Islamique, la Syrie subit un important regain de violence depuis peu, entre l’invasion turque au nord, les raids sanglants du régime al-Assad dans les régions rebelles, et les troubles avec Israël au sud.

Une carte des différents incidents ayant eu lieu ces derniers jours en Syrie

La guerre en Corée et son ampleur
On évoque régulièrement l’éventualité d’une guerre en Corée, mais souvent sans comprendre l’ampleur du drame qu’un conflit ouvert entraînerait. Cet article de Vox donne des pistes pour commencer à l’envisager.
Avant tout, si les États-Unis décidaient réellement d’entrer en guerre avec la Corée du Nord, en suivant le modèle des guerres d’invasion en Irak et en Afghanistan, cela requerrait un nombre très conséquent de soldats à mobiliser (200 000 selon l’article, soit bien plus que les 166 000 d’Irak et les 98 000 d’Afghanistan).L’acheminement des troupes et de l’équipement, notamment les véhicules, ne peut pas se faire furtivement. On repère assez facilement un transport de milliers de chars des États-Unis à la Corée, ce qui laisse le temps à Kim Jong-un de s’énerver très fort. Mais il faut aussi prendre en compte le fait que les mobilisations de jeunes Américains pour les récentes guerres du Moyen-Orient sont toujours une plaie ouverte dans la société américaine, et un nouveau départ pour un théâtre d’opération encore plus dangereux risque d’être très peu apprécié.
Et si cette potentielle zone de guerre est plus dangereuse, c’est pour plusieurs raisons. Bien sûr, les armes nucléaires dont on parle tant, mais aussi l’artillerie conventionnelle nord coréenne, braquée sur Séoul à seulement une centaine de kilomètres de la frontière, dont on estime la cadence de feu à environ 10 000 missiles par minute (essayez de visualiser, rien à envier aux scènes de cinéma les plus dantesques). Autre crainte majeure: on sait aujourd’hui que la Corée du Nord possède des armes chimiques élaborées (notamment l’agent VX qui a permis de tuer le propre demi-frère du leader suprême, manière de confirmer au reste du monde que le régime possède une telle arme) et peut-être également des armes bactériologiques. Si une attaque au gaz sarin pourrait tuer 2.5 millions de personnes à Séoul (encore une fois, visualisez), une diffusion efficace de l’agent VX pourrait en tuer beaucoup plus, et une attaque bactériologique encore davantage. Pour cette dernière, pas besoin de missiles sophistiqués, un nord-coréen avec un sac à dos suffit à démarrer le plus gros drame du siècle.
Kim Jong-un pourrait très bien décider de ne pas en arriver jusque là, tout comme il pourrait décider de ne pas tirer les ogives nucléaires. Mais dans le cas où le régime tombe, les chefs de guerre laissés sans commandement, avec la connaissance des caches d’armes, seront libres de les utiliser, ou de les vendre au plus offrant. On ne peut même pas imaginer comment la Chine et la Russie voisines réagiraient en cas de conflit. Espérons que ni Trump, ni Kim ne veuillent être remémorés comme les initiateurs de la pire guerre de l’histoire.
Anecdote qui a son importance: les prénoms coréens viennent après le nom. Dans « Kim Jong-un », Kim est le nom de famille (qu’il partage avec son papa décédé Kim Jong-il et son grand-papa qui a fondé le régime, Kim Il-sung). C’est valable aussi pour la Corée du Sud: Ban Ki-moon est en fait « Monsieur Ban ».

La diplomatie et ses multiples formes
Le Bulletin des Scientifiques Atomiques propose un bel article sur l’importance de la « diplomatie créative », regroupant de manière large les manières moins classiques et conventionnelles de favoriser le contact entre deux États a priori peu copains. Le premier exemple parle de lui-même: la diplomatie par le sport, avec notamment le cas historique d’une rencontre de ping-pong entre les États-Unis et la Chine en pleine guerre froide. L’article cite aussi les échanges culturels, l’importance de la rencontre en face-à-face des représentants, les mesures de transparence favorisant la confiance entre les pays, etc.

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Aujourd’hui la newsletter a un thème: les Balkans. Comme promis, j’explique un peu l’histoire et la situation actuelle du Kosovo, où je m’en vais travailler dans un mois, mais on enchaîne avec deux sujets d’actualité qui concernent d’autres pays des Balkans. C’est un nom de région qui fait peur, et pourtant les guerres sont maintenant assez loin derrière, et on voit des nations qui se développent vite. En plus c’est super beau et on y mange bien. 
On finit quand même sur un article sur la Chine prête à dominer le monde, parce que ça devient la tradition ici. Bonne lecture!

La Yougoslavie, la Serbie et le Kosovo
Fin de la première guerre mondiale, démantèlement de l’empire Austro-Hongrois vaincu: ainsi naît la Yougoslavie sous sa forme primitive de monarchie. Après la Seconde Guerre mondiale, aux prémices de l’affrontement Est-Ouest, le communiste Tito prend la tête de l’État fédéral, qu’il tiendra d’une main de fer. La chute du bloc de l’Est en 1991 provoque un chaos politique dans le pays, avec chaque État fédéré ou « nation » réclamant plus d’autonomie: la Slovénie, la Croatie, la Bosnie, le Monténégro, la Macédoine, la Voïvodine et le Kosovo. Les deux derniers de la liste se démarquent du lot en ce qu’ils n’ont toujours pas accédé à la vraie indépendance qu’ils souhaitent. 
Le Kosovo est la région extrême sud de l’actuelle Serbie (qui, pour simplifier grossièrement, est le pays qui hérite vraiment de la Yougoslavie puisque a longtemps été son centre politique). La grande majorité des Kosovars sont des musulmans d’origine albanaise. Le reste de la Serbie est peuplé de serbes orthodoxe. Les Kosovars parlent l’albanais, les Serbes parlent le serbe. Les deux se revendiquent d’héritages historiques distincts. Plein de raisons pour les Kosovars de profiter du démantèlement de l’État central et de prétendre à leur propre État (voire de se rattacher à l’Albanie comme certains mouvements politiques souhaitent).
Une guérilla se met en place pour libérer le Kosovo de l’emprise serbe. Le président serbe de l’époque, Slobodan Milošević, qui maintient les relations étroites avec la Russie, mène une répression intense contre les Kosovars. L’OTAN intervient  en 1998avec une grosse campagne de bombardements, et sécurise le territoire du Kosovo. Les Kosovars commencent à s’auto-organiser sur leur territoire. En 2008, le gouvernement kosovar proclame son indépendance, reconnue par une grande partie des États occidentaux qui ont soutenu leur libération. La Russie, toujours grande copine des Serbes orthodoxes (qui sont le centre de l’influence russe dans les Balkans) oppose son véto à la reconnaissance du Kosovo comme nouvel État à l’ONU. Depuis, le Kosovo est un exemple parfait de ce genre de chat de Schrödinger international: il fonctionne comme un État (les Kosovars ont leur passeport, leur gouvernements, leurs ambassades là où ils sont reconnus comme État) mais n’ont pas accès à la qualification officielle d’État, n’ont pas de voix à l’ONU, n’ont pas accès à certains pays avec leur citoyenneté kosovare uniquement. D’autres exemples connus sont l’État de Palestine et Taïwan. 
Pour complexifier un peu le tout, il y a évidemment encore des régions du Kosovo largement peuplées par des Serbes (voir la carte ci-dessous). Depuis 2013, les Serbes (comprendre le gouvernement de Serbie) contrôlent leurs enclaves eux-mêmes, sans le concours du gouvernement du Kosovo basé à Pristina. C’est dans une de ces enclaves, Gračanica, que je m’envole dans un mois. Pour m’occuper de populations roms (et ça, c’est encore une autre histoire).
 

En jaune, les régions à majorité albanaises
En rouge, les régions à majorité serbes
En vert, les régions à majorité bosniaques

Les Balkans, l’Europe et la Turquie
La Commission européenne a récemment envoyé un message positif aux six pays des Balkans de l’Ouest, principalement la Serbie et le Monténégro, concernant leur potentielle inclusion dans l’Union Européenne dans les prochaines décennies. La Turquie, pour qui le processus d’adhésion recule à cause de l’autoritarisme croissant de son président, grince des dents.
Géographiquement, les 6 pays des Balkans occidentaux (Serbie, Kosovo, Albanie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Macédoine) sont entourés d’États membres de l’UE (la Grèce, la Bulgarie, la Roumanie, la Croatie depuis 2013). Le processus d’inclusion est encadré par le processus de Berlin de 2014. Malgré leurs profondes divergences, les six États balkaniques coopèrent au sein de leur propre petite organisation internationale, dans le seul but de réunir les critères d’adhésion à l’UE.

La Macédoine, l’autre Macédoine et la Grèce
J’ai évoqué brièvement plus haut le cas de la Macédoine qui, elle aussi, veut son nouvel État. Elle accède à l’indépendance en 1991, sans réelles violences contrairement à ses voisins. Le vrai problème? Son nom. La Macédoine est une région qui comprend le nouvel État, mais également une partie du territoire grec adjacent. Pour Athènes, appeler le pays voisin « Macédoine » lui permet des revendications sur ce territoire. C’est pourquoi le nom officiel de l’État est aujourd’hui Ancienne république yougoslave de Macédoine, ARYM (plus connu en anglais: former Yugoslav Republic of Macedonia, FYROM). Les négociations sont toujours en cours entre les deux pays, la Macédoine n’étant évidemment pas fan de ce nom à rallonge. Les Nations Unies emploient depuis 1994 le même monsieur pour trouver un compromis (certainement l’homme le plus patient du monde).
Comme dans le cas du Kosovo, le nom de « République de Macédoine » est reconnu par de nombreux pays, mais pas la France, membre du Conseil de Sécurité de l’ONU, sûrement par copinage avec la Grèce. 
Je conseille très fort cette vidéo qui déroule très bien toute l’histoire du problème. 

La Chine et l’Amérique Latine
Vous vous rappelez quand je disais que la Chine voulait profiter du nouvel isolationnisme américain pour porter son influence en Afrique, et en Europe, eh bien c’est aussi valable en Amérique Latine. Une raison de plus pour penser que Trump accélère la fin de la domination américaine sur le système international. Je doute que la domination chinoise soit bien mieux néanmoins.
Pour les copains macro-économistes qui voudraient rentrer dans le détail, un rapport de Brookings sur la question. Mais honnêtement même moi j’ai pas le courage.

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Et si les grandes puissances se re-faisaient vraiment la guerre?


 

Première nouvelle pour ceux qui ne le savent pas, je pars faire du volontariat au Kosovo à partir de mars, m’occuper d’enfants roms descolarisés dans une enclave serbe. Ça sera une bonne occasion de faire un petit paragraphe sur le  Kosovo une prochaine fois, mais là j’ai déjà fait trop d’articles, et même pas une petite carte pour servir de digestif, donc je m’arrête là.

Sinon, un site  nouveau site répertorie les mails envoyés, à l’adresse suivante: https://geopol.lol/ (c’est drôle).
Merci le Sang Vert.

Bonne lecture!
 

Les États-Unis et la menace de guerre
Depuis la fin de la guerre froide, on aime se rassurer en prétendant inconcevable un conflit de grande ampleur entre les grandes puissances, notamment entre les États-Unis, la Russie et la Chine. Les menaces sont plus clairement identifiées du côté des groupes terroristes, indépendantistes, rebelles, etc. Pourtant, alors que le Pentagone vient de hisser la menace russe et chinoise au-dessus de celle du djihadisme, The Economist considère que l’affrontement entre grandes puissances redevient possible, si ce n’est probable. En toile de fond, évidemment, la crise coréenne. Mais c’est aussi le risque posé par un ensemble d’actes agressifs mais limités de la part de la Russie (cyberattaques, campagnes de désinformation, invasion de l’Ukraine, intervention en Syrie, et peut-être intervention dans les élections américaines) et de la Chine (principalement une présence musclée en Mer méridionale de Chine pour s’y accaparer des îlots, mais également une nouvelle forme d’impérialisme économique, notamment en Afrique). La récurrence de ces actes peut amener facilement à l’escalade, surtout avec à la tête des États-Unis un monsieur avec une personnalité forte, autoritaire et… têtue, à défaut d’autres mots. Pas besoin de rappeler que si une guerre totale éclate entre les grandes puissances, on se retrouvera vite dans un Mad Max très peu fun. 

 

La Chine et le reste du monde
La Chine entame un colossal projet de « Nouvelle route de la soie », vaste réseau d’infrastructures pour permettre un transport plus facile de marchandises dans 68 pays, par les mers et par les terres. Parfois comparé au Plan Marshall de 1947, le projet a une portée politique importante: il permet une emprise chinoise sur toute l’économie Eurasienne, voire mondiale. En plus des bénéfices apportés à la Chine sur le long terme, cela accroît la dépendance des États acheteurs de marchandises, pour qui le marché chinois sera le plus intéressant (en terme de prix, de vitesse d’acheminement, etc.) La Chine se place progressivement comme puissance centrale incontournable de l’Asie, sûrement pour préparer et accélérer son potentiel dépassement des États-Unis comme première puissance mondiale dans les décennies à venir.

Les hackers et la guerre
Un joli rapport du Remote Warfare Programme interroge sur ce qui définirait une cyber-attaque comme « acte de guerre », impliquant donc une riposte (physique ou virtuelle). Alors que les attaques se multiplient, notamment initiées par les États contre d’autres États, les dirigeants préfèrent parler de « cyber-vandalisme » que d’acte de guerre. Mais où est la limite? Le rapport met en lumière la mise en place par les grandes puissances d’une stratégie de cyber-dissuasion: des groupes de militaires spécialisés dans la cyber-défense sont établis, de manière plus ou moins secrète, en cas de nécessaire réponse à une cyber-attaque étrangère. Or, contrairement à l’arme nucléaire, on est ici en présence de technologies rapidement changeantes, donc pas toujours clairement déterminées. L’auteur de l’attaque lui-même est rarement déterminé dans les premiers moments qui suivent l’attaque. Le risque d’erreur en cas de riposte est donc grand, et peut favoriser l’escalade. S’ajoutant au fait qu’une cyber-attaque de très grande ampleur pourrait être dévastatrice pour tout un continent, c’est à se demander si un ordinateur n’est pas plus dangereux qu’une arme nucléaire. Et puisque tout le monde a un ordi et peut constituer une petite équipe de hackers doués, la taille ne compte plus en espionnage, et les petits pays peuvent venir jouer à la cyber-guerre eux aussi. La Corée du Nord est un bon exemple. Les groupes terroristes pourraient le devenir…

Les guerres civiles et l’ONU
Selon une étude, un pays qui sort de la guerre civile a 40% de chances d’y sombrer à nouveau rapidement. Chaque année de paix ferait baisser ce pourcentage d’un point seulement. L’ONU cherche des solutions pour empêcher ces rechutes à travers les « Désarmement, Démobilisation, Réinsertion » (DDR). L’idée est assez simple: séparer les combattants de leurs armes, les désengager de leurs milices et les intégrer dans la vie civile (ou l’école dans le cas des enfants-soldats). Dans les faits, les résultats restent fragiles. Pensés pour répondre aux guerres d’indépendance des années 1970 et 1980, ces programmes s’adaptent mal aux nouvelles violences de groupes moins hiérarchisés et aux buts différents (notamment les narcotrafiquants). 

Macron et Trump
Alors que tout l’Occident se demande comment gérer sa diplomatie avec les États-Unis de Trump, Macron a pris le parti d’une relation étroite avec le nouveau locataire de la Maison Blanche. Alors que cet article parle de Macron comme un « calculateur froid et réaliste », il développe l’idée que la France a tout intérêt à maintenir une relation privilégiée avec les États-Unis, voire avoir une influence sur eux. Macron pense encore pouvoir éviter une sortie de la COP21, promouvoir le libre-échange, et sait qu’il a besoin de Washington pour trouver des solutions dans les problèmes de conflits au Moyen-Orient (lui qui a entamé son mandat comme médiateur en Libye, mais aussi quelques autres pays). Il est intéressant de noter que l’opinion public a l’air de s’en fiche royalement ici, contrairement à nos voisins outre-Manche.

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L’hégémonie américaine en question?

 

On met à jour ce dont on parlait dernièrement: la Turquie a permis un accès terrestre à l’Armée Syrienne Libre dans le canton kurde d’Afrin, et le groupe pro-Turcs contrôle actuellement une poignée de villages. L’aviation turque bombarde intensément Afrin, le chef-lieu du canton, ainsi que d’autres localités pour soutenir l’avancée des paramilitaires. On parle d’une quarantaine de morts dans chaque camp. On en reparle un peu plus loin dans la newsletter.
Aujourd’hui, un gros sujet sur la remise en cause de l’hégémonie américaine depuis l’élection de Trump, un retour sur l’implication internationale de l’intervention de Erdogan à Afrin, un regard sur les pertes animales pendant une guerre et une vidéo pour se détendre (ou pas).
Les Américains et le reste du monde
Un récent rapport a fait beaucoup de bruit chez les commentateurs américains: la confiance internationale dans le leadership américain a baissé de 20% depuis l’élection de Trump. Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis sont considérés comme la puissance dominante incontestée, faisant d’eux un « hégémon » mondial (c’est-à-dire celui qui jouit d’une hégémonie). Beaucoup de penseurs américains étaient super contents: puisqu’ils ont gagné, le monde va donc se caler sur le modèle libéral américain et la paix démocratique va triompher (on citera uniquement le plus porteur, Francis Fukuyama, qui théorisait une « fin de l’Histoire » qui n’est jamais arrivé).
Donc, les Américains sont contents, mais quid du reste du monde? Une grande partie des États et des institutions internationales ont accepté la domination américaine sans trop broncher, acceptant de jouer le jeu du libéralisme et favorisant la coopération avec l’Occident (par volonté ou par instinct de survie, c’est toujours dur à dire). L’anti-américanisme subsistait évidemment, mais restait marginal.
Ce nouveau rapport, pas une grande surprise, reste un choc pour les politiques américains, surtout conservateurs, qui tiennent à rester le pays qui dirige le monde. Si les États-Unis sont le plus grand contributeur au budget de l’ONU, à l’aide internationale, et à diverses organisations internationales, ce n’est pas par charité, mais pour avoir un droit de regard dans les affaires du monde entier. Trump est en train de remettre tout ça en question, avec une politique radicalement isolationniste et une diplomatie bien loin de la coopération. Le journaliste Fred Kaplan revient sur ce lâcher prise du leadership américain par le gouvernement, et ce que ça implique pour le système international. D’un système bipolaire lors de la guerre froide l’on est passé à un système unipolaire sous hégémonie américaine. On est en droit de se demander si l’on se dirige, assez rapidement, vers un monde multipolaire où les puissances telles la Chine, la Russie, l’Europe et autres peuvent assez bien sortir leur épingle du jeu pour contre-balancer la puissance américaine, et changer la manière de coopérer (ou de s’affronter). Le passage à un monde multipolaire est le grand combat de la Russie depuis les années 2000, suivant le calcul simple que si les États-Unis ne sont plus le chef, la Russie gagne en puissance. Une perspective qui énerve certains dans le propre camp du Président américain (notamment le sénateur John McCain, mais citons aussi le très bon journaliste et auteur Fareed Zakaria) et qui fragilise donc son pouvoir aux États-Unis. Cette semaine a lieu la réunion annuelle du Forum Économique Mondial à Davos, qui pourrait être déterminante pour la suite des événements.
Une carte des changements d’approbation du leadership américain, entre 2016 et 2017. La baisse de confiance est particulièrement importante dans les nations occidentales et l’Amérique Latine encore très dépendante des États-Unis. Ironiquement, la Russie et ses alliés sont plutôt contents.
Les Turcs, les Kurdes, et les autres (bis)
Un article de The Guardian qui revient sur mon gros sujet de la dernière fois: l’intervention militaire d’Erdogan dans le canton kurde d’Afrin. Pour l’auteur, c’est un « pari risqué » au niveau international, puisque aucune grande puissance ne soutient son initiative. Le régime al-Assad est évidemment outré, la Turquie laissant des groupes rebelles contrôler de plus en plus de terrain en Syrie, au mépris de la souveraineté nationale (Damas n’exclut pas de riposter militairement). Ses alliés russe et iranien préfèrent voir le nord de la Syrie contrôlé par les Kurdes que par l’État Islamique ou des groupes rebelles hostiles au régime syrien. Les États-Unis, qui utilisent les Kurdes pour renforcer leur présence militaire dans le pays, ne sont pas non plus super fans de l’idée. Un dangereux bluff pour le Président turc.
La guerre et les animaux
The Atlantic revient sur une question peu abordée: les pertes animales causées par la guerre.La longue guerre civile au Mozambique s’est révélée dévastatrice pour l’écosystème local, les différents groupes armés, mais aussi des civils, tuant les éléphants pour leur ivoire (un marché toujours très juteux aujourd’hui) et les autres animaux principalement pour leur viande. Environ 90% des grands animaux du territoire ont succombé durant la guerre, tués ou affamés. Le Mozambique n’est qu’un exemple parmi d’autres mentionnés dans l’article en question. Une réflexion qui doit rappeler que les questions de sécurités sont très liées à d’autres questions (d’écologie, de développement, d’économie, etc.), ce que l’on essaiera d’illustrer aussi souvent que possible dans cette newsletter.
[VIDEO] Les Kurdes et les Jihadistes, mais Français
Voici un extrait du JT de France 2, en reportage chez les Kurdes en Syrie. Ces derniers ont capturé un membre de l’État Islamique français, qui a accepté de témoigner à visage découvert devant la caméra. Avec une confiance assez arrogante, il explique ne pas vraiment être un combattant, et qu’il compte rentrer chez lui rapidement. Le garde de la milice kurde, qui se révèle être également français, l’interpelle pour lui rappeler qu’il devra répondre de ses actes, pour tous ses camarades morts au combat. Une scène assez glaçante qui illustre la folie des événements en cours.
À noter que le jihadiste vient de la ville de Lunel, dans l’Hérault, connue pour être un gros point d’envoi de combattants jihadistes en Syrie, sans qu’on se l’explique vraiment. Sur les 25 000 habitants, une vingtaine se sont rendus en Syrie, et six seraient morts là bas.
À noter également que le fait qu’un français fasse partie des rangs des YPG kurdes (« Unités de Protection du Peuple ») n’a rien d’exceptionnel non plus. La révolution kurde se base aujourd’hui sur les principes de l’anarchiste américain Murray Bookchin, ce qui donne envie à beaucoup d’anarchistes et communistes du monde entier de venir combattre et participer à la construction de cette nouvelle société (qui s’en sort très bien ndlr).
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Une incroyable seconde newsletter: la Turquie en Syrie, et les armes nucléaires de poche

 

Merci pour vos agréables retours sur le premier numéro, c’est toujours bien de se dire qu’on écrit pas tout ça pour rien. J’improvise ce second numéro avec seulement deux sujets, mais une longue tirade sur la situation syrienne/kurde qui vient de connaître un sacré rebondissement (toujours premier sur l’actualité ou pas?). Selon le moment où vous allez lire ce mail, la situation risque d’avoir évolué, mais j’essaie de donner les clés pour comprendre un peu la situation avant que tout explose, ou pas, espérons. Pensez à vous référer à la carte juste sous le premier sujet pour mieux vous y retrouver. Bonne lecture et bon week-end!

 

Les Turcs, les Kurdes, et les autres
Vendredi 19, le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé son intention d’intervenir militairement dans le canton d’Afrin, en Syrie, tenu par les forces kurdes. Le canton d’Afrin se situe au Nord-Ouest du pays, frontalier de la Turquie (la province de Hatay, anciennement appelée du doux nom de « sandjak d’Alexandrette »). Depuis la guerre civile en Syrie, ce canton est contrôlé par les forces kurdes, hantise de Ankara à cause de leurs volontés indépendantistes, en Syrie comme en Turquie. La menace d’intervention militaire pour « liquider les nids terroristes » est clairement une réponse au projet de Trump de créer une armée kurde dans le nord de la Syrie.La partie nord de la Syrie suit une logique assez particulière dans la guerre civile, surtout depuis que l’État Islamique n’est plus une menace crédible. Alors que les forces kurdes ont gagné beaucoup de terrain en liquidant Daech, la Turquie a envahi une partie du territoire syrien pour empêcher la jonction entre les forces kurdes d’Afrin (à l’Ouest) et de Kobané (à l’Est). L’intervention militaire de l’armée turque s’est faite avec le gros soutien de l’Armée Syrienne Libre (ASL), groupe paramilitaire anti-Bachar al-Assad. Le canton d’Afrin se trouve donc enclavé, entre le territoire turc de Hatay à l’Ouest et les troupes de l’ASL au sud et à l’est, avec également des soldats turcs à l’est. Contrairement à ce que disent certains médias, les attaques d’artillerie turque ainsi que les clash à la frontière dans le canton d’Afrin ne datent pas de l’annonce d’Erdogan mais sont assez réguliers.

Les réactions internationales vont jouer beaucoup dans les suites de cette histoire. Comme dit dans la newsletter précédente, la Turquie et les États-Unis, dont la chamaillerie est clairement la cause du problème, font tous deux partie de l’OTAN. La Turquie est le boulet nécessaire de l’organisation depuis longtemps: en plus de s’éloigner de plus en plus de la démocratie, elle attaque constamment les positions kurdes qui collaborent avec les Américains (et se rapprochent de certaines nations européennes). Mais sa position géographique est essentielle, des armes nucléaires sont disposées sur son territoire pour le compte de l’OTAN, et elle est utilisée pour faire le sale boulot de l’Europe sur les questions d’immigration (c’est-à-dire empêcher les réfugiés d’aller plus loin que chez elle). Un retrait de son adhésion est difficilement imaginable. De leur côté la Syrie et la Russie condamnent (assez mollement pour l’instant) une potentielle violation de la souveraineté syrienne.

Il est très dur de savoir si Erdogan bluffe pour consolider son soutien populaire (la méthode du « rally ’round the flag« ) ou s’il compte vraiment passer à l’action au risque de dégénérer très rapidement sur des violences très intenses. Ce qui est sûr, c’est que les troupes turques et celles de l’ASL se massent autour des frontières du canton d’Afrin.

Anecdote qui a son importance: on ne prononce pas le « g » de Erdogan en turc. Pour les français, ça se prononce plutôt « Erdohan », de manière muette. Ce n’est pas vraiment un « G » comme on le connaît mais un « Ğ« , lettre propre à quelques langues de la régions (qui apparemment a un son, mais que j’ai été incapable de percevoir dans mon modeste apprentissage du turc).

Et pour ceux qui voudraient encore plus me lire (folle idée) et que l’histoire kurde intéresse, j’ai écrit un joli travail sur l’histoire des projets indépendantistes kurdes qui ont fini kaput par la faute des puissances étrangères pas super sympas. Ça aide parfois pour comprendre tout ce qui fait l’actualité kurde.

Le nord de la Syrie
En jaune, les positions kurdes
En vert foncé, la zone envahie par l’armée turque, avec l’aide de l’ASL
En vert clair, les zones encore tenues par la rébellion, y compris l’ASL
En rouge, les positions tenues par le régime de Bachar al-Assad
Trump et les petites ogives nucléaires
Des documents leakés suggèrent que le gouvernement américain envisagerait de développer plus d’armes nucléaires dites « tactiques ». Pour mieux comprendre le terme, il faut revenir sur la sémantique. On parle, dans le monde militaire, de trois niveaux de décision:

 

  • L’opérationnel: comment les soldats se font la bagarre
  • Le tactique: comment les colonels décident d’une bataille
  • Le stratégique: comment les grands chefs des armées décident de toute la guerre

La différence de chaque niveau de décision, c’est leur ampleur dans l’espace et dans le temps. Décider d’envahir un pays, c’est stratégique. Assiéger un quartier, c’est tactique. Se cacher derrière un muret, c’est opérationnel. Évidemment, une arme nucléaire est normalement considérée comme stratégique, puisqu’on parle plutôt d’annihiler tout une population et d’entamer une guerre totale. Mais l’idée d’attaque nucléaire « tactique » n’est pas spécialement nouvelle. Par exemple, pendant la guerre du Golfe, le commandement américain a hésité à envoyer l’arme nucléaire sur les troupes et bases irakiennes. C’est en plein désert, donc pas de morts civiles (pas directement en tous cas), et le champ d’action est limitée à la bataille et non pas le cours de toute la guerre (je dois cette anecdote au très bon livre The Nuclear Taboo de Nina Tannenwald qui postule l’idée, critiquable, que la bombe nucléaire ne présente plus un grand risque d’être utilisée à cause du « tabou » qui s’est construit autour). L’idée est donc d’utiliser l’arme nucléaire sans massacrer toute une ville, et en restant vraiment dans le domaine de la bataille militaire. Certains stratégistes pensent que ça peut éviter l’escalade vers une guerre totale. Mais la Russie disposant elle aussi d’armes du genre, il est dur d’imaginer une guerre limitée si le deux puissances sont impliquées, que ce soit chez elles ou dans un pays tiers (au pif, la Syrie).

Par ailleurs, les États-Unis envisagent de riposter par des attaques nucléaires en cas de « cyber-attaque majeure ». Ambiance.

Moscou et le soleil
Moscou a connu six minutes de soleil durant tout le mois de décembre. Rien de géopolitique, mais ça me fait relativiser notre temps de merde.À bientôt!

Une incroyable première newsletter

Bienvenue dans le premier, et j’espère pas dernier, épisode de ma newsletter bancale sur la géopolitique. J’espère pouvoir continuer dans l’esprit du topic Géopolitique de Koreus, d’où vous venez certainement (bienvenue les autres aussi). Ici, on va parler de guerre, de paix, de discours enflammés, d’élections truquées, de génocides, de frontières contestées, d’armes sophistiquées… Beaucoup de choses joyeuses, toujours appuyées par des sources (souvent en anglais, mes excuses pour les non-anglophones). J’espère que ça vous intéressera autant que ça me passionne. Par contre, j’aime pas les contraintes, donc j’enverrai quand je considère que j’ai assez de contenu. Une fois par semaine, une fois tous les deux jours, deux fois par jour… M’en fous. Bonne lecture.

PS: Votre boîte mail risque de filtrer les images, pensez à les autoriser

Trump et l’Afrique

Trump a récemment traité plusieurs pays africains de « shithole », en général traduit par « pays de merde », pour souligner son rejet de l’immigration provenant de ces pays. Au-delà des mots vulgaires et très peu diplomatiques, c’est tout une politique isolationniste que mettent en place les États-Unis avec le « America First ». Alors qu’elle se détournait déjà depuis plusieurs années de ses anciens colons et des États-Unis, l’Afrique se tourne de plus en plus vers la Chine, qui se jette sur l’occasion pour remplir le vide. Alors que les anciennes puissances coloniales continuaient d’exploiter les matières premières du continent sans contre-partie, donc sans réellement permettre à ces pays de se développer, la Chine propose un nouveau modèle de collaboration: si elle envoie toujours souvent ses propres équipes sur place, et ne partage que peu les bénéfices avec les pays hôtes, l’empire du milieu propage une bonne image en investissant des sommes considérables dans des projets d’infrastructures ou de développement plus local (des hôpitaux, des écoles, etc.) Cette méthode, si elle peut apparaître comme de la charité pour les populations africaines qui accueillent de plus en plus favorablement les investisseurs chinois, reste une stratégie de contrôle, la Chine ayant son mot à dire sur le développement économique de ces pays, et pouvant y servir ses propres intérêts, notamment militaires,

Les États-Unis, les Kurdes et les Turcs

L’Administration Trump a annoncé vouloir créer une armée de 30 000 Kurdes au Nord de la Syrie. Le Président turc, Recep Tayyip Erdogan, n’est vraiment pas très content. Si les Kurdes sont le principal allié des États-Unis sur le terrain face à l’État Islamique, ils sont aussi perçus comme la principal menace par le régime turc. Le peuple kurde, peuple sans État étendu sur quatre pays (la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran) est devenu une hantise pour le régime turc au moins depuis la naissance de la guérilla indépendantiste dans les années 1970.
Le vrai problème avec ce projet américain, c’est que la Turquie fait partie de l’OTAN, tout comme les États-Unis, et qu’une telle dissension dans l’alliance militaire risque de vite poser problème. Erdogan parle déjà « d’armée de la terreur », soulignant les liens entre les combattants kurdes en Syrie et ceux considérés terroristes dans son pays. La nouvelle a également agacé la Syrie de Bachar al-Assad, peu encline à voir les indépendantistes kurdes, qui contrôlent tout le nord du pays, sous la protection des États-Unis. Par extension, c’est également la Russie, alliée du régime syrien, qui a exprimé son mécontentement. C’est une possible victoire pour les indépendantistes du Rojava (région kurde de Syrie), qui tentent de s’auto-organiser politiquement selon le modèle du « municipalisme libertaire » théorisé par l’anarchiste américain Murray Bookchin. Les rageux crieront à la contradiction.

Les dirigeants européens au pouvoir depuis le plus longtemps
Le Yémen, les Houthis, la Coalition

La guerre civile au Yémen est considérée comme la pire crise humanitaire actuelle. C’est sûrement aussi la plus dure à comprendre. Cet article de Brookings permet d’y voir un peu plus clair sur la rébellion houthie et ses origines. Ce nouvel article du New York Times explique, de manière plus romancée, comment les acteurs du conflit se comportent et entretiennent la guerre, au détriment des civils.

Pour résumer grossièrement l’histoire de cette crise, Ali Abdallah Saleh était président du Yémen depuis plusieurs décennies, réussissant habilement à unir toutes les tribus et groupes religieux locaux. Les Houthis, un groupe chiite du nord du pays, commence à émettre des revendications économiques, puis politiques, pour protéger leur région. Leur discours se radicalise dans les années 2000 avec la vague anti-américaine qui suit les attentats du 11 Septembre. Les Houthis sont plus ou moins publiquement soutenus par l’Iran, ce qui permet au président Saleh de réclamer un soutien aux États-Unis (qui n’aimaient déjà pas trop l’Iran). En 2011 se propage le Printemps Arabe. Suite à des violences dans le pays, Saleh démissionne, et un nouveau président, très proche de l’Arabie Saoudite voisine, lui succède. Les Houthis sont outrés par les politiques mises en place, qui marginalisent encore plus que sous Saleh leur région (sans compter les griefs politiques et religieux tenus contre l’Arabie Saoudite sunnite). Dans un impressionnant retournement de veste, les Houthis se mettent à soutenir Saleh, leur ennemi quelques années plus tôt, et entament une violente guérilla pour le replacer au pouvoir. Ils s’emparent de tout le nord-ouest du pays, y compris la capitale Sana’a. L’Arabie Saoudite forme une coalition d’États alliés, dont les États-Unis, pour mater la rébellion houthie soutenue par l’ennemi iranien, et remettre au pouvoir le président en exil. Dans tout ce vacarme, un autre joueur veut venir s’amuser: Al Qaeda contrôle plusieurs vastes zones à l’Est, y compris des zones côtières stratégiques. Dans un énième rebondissement, les Houthis ont récemment assassiné Saleh après qu’il ait exprimé un peu trop fort des critiques à leur encontre. Rien à envier à Game of Thrones.

Quelle que soit l’issue, les vrais perdants sont les civils. Le pays voit renaître une épidémie de choléra, une famine extrême menace de s’intensifier, une grande partie de la population n’a plus accès aux systèmes de santé, sans compter la fréquence des bombardements sous direction saoudienne et la poigne de fer du régime houthi.

En rouge, la zone contrôlée par les rebelles houthis
En bleu, la zone contrôlé par la coalition saoudienne
En vert, la zone contrôlée par Al Qaeda
L’erreur humaine et la bombe nucléaire

Samedi dernier, les habitants d’Hawaii ont reçu une fausse alerte à l’attaque nucléaire sur leur téléphone, suite à l’erreur d’un technicien. Au-delà de la vague de panique compréhensible, cela pose la question du risque de réelle contre-attaque possible suite à une erreur de détection. The Atlantic revient sur le risque de riposte précipitée par Trump dans ce cas de figure. L’humanité est passée proche de l’extinction pour cette exacte même raison en 1983, et doit son salut à la désobéissance d’un seul homme. Tant que les armes nucléaires existent, ce risque existe. 

Les États-Unis et le Salvador

Trump a annoncé la fin d’un programme de protection qui empêchait le retour de 200 000 Salvadoriens dans leur pays. Au delà du drame humanitaire pour les personnes ayant fui la misère et la violence, les envois d’argent aux familles des Salvadoriens travaillant aux États-Unis représentent 17% du PIB du pays. Les envois de fonds sont souvent une grande ressource pour les petits pays en voie de développement, et une telle décision, qui peut paraître ne concerner que les États-Unis, peut avoir des conséquences directes pour d’autres pays et régions. Autre preuve s’il en fallait une que l’élection de Trump est une catastrophe pour tout le monde.

J’espère que vous apprenez deux trois trucs, et que ça ressemble pas trop au sketch des Inconnus sur les gens comme moi. Bon courage à tous les copains qui ont des crypto-monnaies, on panique pas, c’est en train de remonter.

À bientôt

Jerem.