Une histoire des Balkans

Aujourd’hui la newsletter a un thème: les Balkans. Comme promis, j’explique un peu l’histoire et la situation actuelle du Kosovo, où je m’en vais travailler dans un mois, mais on enchaîne avec deux sujets d’actualité qui concernent d’autres pays des Balkans. C’est un nom de région qui fait peur, et pourtant les guerres sont maintenant assez loin derrière, et on voit des nations qui se développent vite. En plus c’est super beau et on y mange bien. 
On finit quand même sur un article sur la Chine prête à dominer le monde, parce que ça devient la tradition ici. Bonne lecture!

La Yougoslavie, la Serbie et le Kosovo
Fin de la première guerre mondiale, démantèlement de l’empire Austro-Hongrois vaincu: ainsi naît la Yougoslavie sous sa forme primitive de monarchie. Après la Seconde Guerre mondiale, aux prémices de l’affrontement Est-Ouest, le communiste Tito prend la tête de l’État fédéral, qu’il tiendra d’une main de fer. La chute du bloc de l’Est en 1991 provoque un chaos politique dans le pays, avec chaque État fédéré ou “nation” réclamant plus d’autonomie: la Slovénie, la Croatie, la Bosnie, le Monténégro, la Macédoine, la Voïvodine et le Kosovo. Les deux derniers de la liste se démarquent du lot en ce qu’ils n’ont toujours pas accédé à la vraie indépendance qu’ils souhaitent. 
Le Kosovo est la région extrême sud de l’actuelle Serbie (qui, pour simplifier grossièrement, est le pays qui hérite vraiment de la Yougoslavie puisque a longtemps été son centre politique). La grande majorité des Kosovars sont des musulmans d’origine albanaise. Le reste de la Serbie est peuplé de serbes orthodoxe. Les Kosovars parlent l’albanais, les Serbes parlent le serbe. Les deux se revendiquent d’héritages historiques distincts. Plein de raisons pour les Kosovars de profiter du démantèlement de l’État central et de prétendre à leur propre État (voire de se rattacher à l’Albanie comme certains mouvements politiques souhaitent).
Une guérilla se met en place pour libérer le Kosovo de l’emprise serbe. Le président serbe de l’époque, Slobodan Milošević, qui maintient les relations étroites avec la Russie, mène une répression intense contre les Kosovars. L’OTAN intervient  en 1998avec une grosse campagne de bombardements, et sécurise le territoire du Kosovo. Les Kosovars commencent à s’auto-organiser sur leur territoire. En 2008, le gouvernement kosovar proclame son indépendance, reconnue par une grande partie des États occidentaux qui ont soutenu leur libération. La Russie, toujours grande copine des Serbes orthodoxes (qui sont le centre de l’influence russe dans les Balkans) oppose son véto à la reconnaissance du Kosovo comme nouvel État à l’ONU. Depuis, le Kosovo est un exemple parfait de ce genre de chat de Schrödinger international: il fonctionne comme un État (les Kosovars ont leur passeport, leur gouvernements, leurs ambassades là où ils sont reconnus comme État) mais n’ont pas accès à la qualification officielle d’État, n’ont pas de voix à l’ONU, n’ont pas accès à certains pays avec leur citoyenneté kosovare uniquement. D’autres exemples connus sont l’État de Palestine et Taïwan. 
Pour complexifier un peu le tout, il y a évidemment encore des régions du Kosovo largement peuplées par des Serbes (voir la carte ci-dessous). Depuis 2013, les Serbes (comprendre le gouvernement de Serbie) contrôlent leurs enclaves eux-mêmes, sans le concours du gouvernement du Kosovo basé à Pristina. C’est dans une de ces enclaves, Gračanica, que je m’envole dans un mois. Pour m’occuper de populations roms (et ça, c’est encore une autre histoire).
 

En jaune, les régions à majorité albanaises
En rouge, les régions à majorité serbes
En vert, les régions à majorité bosniaques

Les Balkans, l’Europe et la Turquie
La Commission européenne a récemment envoyé un message positif aux six pays des Balkans de l’Ouest, principalement la Serbie et le Monténégro, concernant leur potentielle inclusion dans l’Union Européenne dans les prochaines décennies. La Turquie, pour qui le processus d’adhésion recule à cause de l’autoritarisme croissant de son président, grince des dents.
Géographiquement, les 6 pays des Balkans occidentaux (Serbie, Kosovo, Albanie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Macédoine) sont entourés d’États membres de l’UE (la Grèce, la Bulgarie, la Roumanie, la Croatie depuis 2013). Le processus d’inclusion est encadré par le processus de Berlin de 2014. Malgré leurs profondes divergences, les six États balkaniques coopèrent au sein de leur propre petite organisation internationale, dans le seul but de réunir les critères d’adhésion à l’UE.

La Macédoine, l’autre Macédoine et la Grèce
J’ai évoqué brièvement plus haut le cas de la Macédoine qui, elle aussi, veut son nouvel État. Elle accède à l’indépendance en 1991, sans réelles violences contrairement à ses voisins. Le vrai problème? Son nom. La Macédoine est une région qui comprend le nouvel État, mais également une partie du territoire grec adjacent. Pour Athènes, appeler le pays voisin “Macédoine” lui permet des revendications sur ce territoire. C’est pourquoi le nom officiel de l’État est aujourd’hui Ancienne république yougoslave de Macédoine, ARYM (plus connu en anglais: former Yugoslav Republic of Macedonia, FYROM). Les négociations sont toujours en cours entre les deux pays, la Macédoine n’étant évidemment pas fan de ce nom à rallonge. Les Nations Unies emploient depuis 1994 le même monsieur pour trouver un compromis (certainement l’homme le plus patient du monde).
Comme dans le cas du Kosovo, le nom de “République de Macédoine” est reconnu par de nombreux pays, mais pas la France, membre du Conseil de Sécurité de l’ONU, sûrement par copinage avec la Grèce. 
Je conseille très fort cette vidéo qui déroule très bien toute l’histoire du problème. 

La Chine et l’Amérique Latine
Vous vous rappelez quand je disais que la Chine voulait profiter du nouvel isolationnisme américain pour porter son influence en Afrique, et en Europe, eh bien c’est aussi valable en Amérique Latine. Une raison de plus pour penser que Trump accélère la fin de la domination américaine sur le système international. Je doute que la domination chinoise soit bien mieux néanmoins.
Pour les copains macro-économistes qui voudraient rentrer dans le détail, un rapport de Brookings sur la question. Mais honnêtement même moi j’ai pas le courage.

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Cet article a 1 commentaire

  1. super travail ! bravo jeremy

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