Des morts à Gaza, des prospectus en Suède, des fachos en Italie, des pirates en Afrique

Aujourd’hui. on ne va pas parler en détails de l’annulation du sommet Trump-Kim puisque l’Administration américaine ainsi que la Corée du Sud prétendent que des négociations sont en cours pour réinstaurer la réunion, même lieu (Singapour), même date (12 juin). Le coup de théâtre pourrait donc ne pas vouloir dire grand chose, outre le fait que deux personnalités fortes comme Trump et Kim ont naturellement du mal à se parler calmement (et outre le fait que, quelle surprise, Trump ne mérite pas le Prix Nobel de la Paix auquel il postule). En tous les cas, il semble plus facile de parler d’un éventuel sommet que de réellement se parler. Affaire à suivre.

Du coup, aujourd’hui on parlera des récents troubles à la frontières entre la Bande de Gaza et Israël, puis de la menace militaire russe en Suède et dans les autres pays du nord de l’Europe. On évoquera aussi la crise politique en Italie, et on finira en parlant de la piraterie à l’est de l’Afrique. Bonne lecture!

Israël, Gaza, le Hamas et le massacre
Le 14 mai, la presse internationale tourne à nouveau son attention vers le Moyen-Orient: lors d’importantes manifestations dans la Bande de Gaza, Israël a ouvert le feu sur la foule. On compte depuis 112 morts et plus de 13 190 blessés, un nombre astronomique lorsqu’on parle de maintien de l’ordre. Israël argue que tous les morts étaient des terroristes du Hamas qui cherchaient à entrer sur le territoire israélien. Même si l’argument est à la limite de l’absurde, il est important de comprendre, au moins grossièrement, ce qu’est la situation dans la Bande de Gaza pour comprendre l’événement.

Depuis son indépendance en 1948, Israël est souverain sur une partie de la région géographique appelée “Palestine”. Les populations arabes, qui d’abord se revendiquaient “transjordianiennes”, ont cherché à garder le contrôle sur le territoire palestinien. Suite à plusieurs guerres entre Israël et les pays arabes, l’État juif gagne du territoire à grands coups de victoires militaires. Les populations arabes locales, délaissées par des États voisins vaincus, commencent à s’identifier en tant que “palestiniens”, et à lutter pour le contrôle des terres de la région. L’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), une coalition de mouvements pro-palestiniens dont le leader le plus célèbre fut Yasser Arafat, devient le représentant des populations arabes palestiniennes qui veulent se constituer en État (malgré le véto des États-Unis, allié d’Israël). En 2007, l’OLP (dont le mouvement majoritaire est le Fatah, relativement modéré) est chassée de la Bande de Gaza, minuscule partie du territoire palestinien, coupée de la Cisjordanie par le territoire israélien, par le Hamas, un groupe islamiste financé largement par l’Iran. Depuis plus de dix ans maintenant, ce groupuscule contrôle l’enclave gazaouie d’une main de fer et monte régulièrement au conflit avec les autorités israéliennes adjacentes. L’État Palestinien, maintenant dirigé par Mahmoud Abbas depuis la ville de Ramallah, n’a qu’un contrôle très restreint sur la ville de Gaza et ses alentours, qui sombrent régulièrement dans la violence et souffrent d’un énorme manque de vivres du au blocus israélien et à la surpopulation.

Pour revenir aux événements du 14 mai dernier, de larges manifestations ont été organisées dans la Bande de Gaza pour protester contre le déménagement de l’ambassade américaine depuis Tel-Aviv vers Jérusalem, ainsi que pour demander le retour de réfugiés palestiniens dans leurs terres natales désormais sous contrôle israélien. Les manifestations ont en effet été en partie organisées par le Hamas, qu’on peut légitimement qualifier de terroriste. Il n’empêche que l’immense majorité des manifestants restaient des civils, des habitants de Gaza excédés et prêts à tout pour traverser la frontière (que Israël emmure toujours plus). Le maintien de l’ordre, pour ne pas dire le massacre, contrevient de manière évidente aux règles basiques de droit international. Pourtant Israël n’a que peu à craindre, si ce n’est des réprimandes sous formes de rapports, puisque le pays est protégé par son allié américain possédant le droit de véto à l’ONU. Qu’Israël puisse se permettre un abus si flagrant montre à quel point l’élection de Donald Trump, qui retourne vers une protection excessive de l’État d’Israël que Barack Obama avait voulu atténuer, est bénéfique pour Tel-Aviv (ou devrais-je dire Jérusalem dans un futur proche…)

Situation géopolitique en région palestinienne. En jaune le territoire contrôlé par l’État d’Israël, en mauve les territoires contrôlés par les forces palestiniennes: à l’est la Cisjordanie contrôlée par le Fatah, au sud-ouest la Bande de Gaza contrôlée par le Hamas

La Suède, la Russie et les livrets
Les tensions entre la Russie et le monde occidental marquent souvent l’actualité ces derniers temps, et se reflètent dans de nombreux événements plus ou moins forts en intensité. Épisode qui peut sembler anecdotique, mais qui reflète l’ampleur des craintes, la Suède a envoyé à 4.8 millions de foyers des livrets-guides pour se préparer en cas de guerre. Le livret ne mentionne jamais un ennemi clair, mais la menace russe est clairement au centre de cette communication inquiétante. Il y a un an, le pays a instauré à nouveau le service militaire obligatoire, également un signal envoyé à la Russie voisine. En cas de conflit, la Suède n’a évidemment aucune chance de remporter une victoire décisive contre le géant russe, mais ce livret réinstaure la pratique de la “défense totale”, impliquant tous les citoyens, et promettant des coûts bien plus importants pour le potentiel envahisseur (un type de doctrine de défense que l’on retrouve dans d’autres pays de faible puissance, par exemple la Suisse)

Les pays scandinaves, ainsi que les pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) expriment de plus en plus leurs craintes face à une Russie belliqueuse envers les pays occidentaux. Ces pays, assez faibles militairement, en appellent régulièrement aux puissances de l’OTAN pour garantir leur protection en cas d’incidents voire de conflit. Les exercices militaires se multiplient aux environs de la longue frontière russe, et des partenariats militaires se mettent en place. 

Outre la volonté russe de contrer la prééminence globale de l’ennemi américain et de l’Union Européenne à ses portes, la question des relations entre la Russie et les pays baltes et scandinaves concerne également la présence de populations russophones dans ces pays, minorités historiques qui sont parfois assez durement malmenées, et que la Russie prétend vouloir protéger, par la force s’il le faut. Le Youtubeur Linguisticae, habituellement plus concentré sur les questions linguistiques, a récemment fait une excellente vidéo sur le sujet.

L’Italie, les populistes et les autres populistes
Le 4 mars dernier, les italiens ont voté pour élire leurs représentants. L’Italie est, comme beaucoup de pays européens (mais pas la France), un régime parlementaire, c’est-à-dire que le peuple n’élit pas un président chef d’État, mais élit des parlementaires, qui sont ensuite chargés de former un gouvernement avec la ou les formations gagnantes. Si un parti arrive en tête, mais manque de quelques sièges pour avoir une majorité, il devra démarcher auprès d’autres mouvements, faire des alliances, des concessions, des compromis, puis former un gouvernement avec.

La situation italienne est atypique en ce que les deux mouvements en tête qui tentent de former un gouvernement sont l’un classé à l’extrême gauche (le Mouvement Cinq Étoiles de Beppe Grillo) et l’autre classé très à droite (La Ligue, anciennement appelée Ligue du Nord, assez proche de l’ancien premier ministre Silvio Berlusconi, mais encore plus à droite). Pour faire une comparaison grossière, c’est comme imaginer une alliance entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen (bien que le programme de la France Insoumise reste bien différent de celui du Mouvement Cinq Étoiles). Qu’est ce qui va donc rapprocher ces deux formations? Principalement l’euroscepticisme et l’anti-establishment. Plutôt que les extrêmes, ce sont les populismes qui se rejoignent, et qui pourraient plonger l’Italie dans une crise assez sombre. 

Le dernier coup de théâtre dans ce feuilleton: le président du pays, Sergio Mattarella, a refusé la proposition de gouvernement des deux mouvements en question. Dans un régime parlementaire, le président a un rôle principalement honorifique, mais étant le garant de l’unité du pays, un de ses quelques pouvoirs est d’accepter ou non un gouvernement. La justification de ce dernier est la demande de placer au ministère des finances un eurosceptique convaincu, alors que les deux partis avaient affirmé ne plus vouloir sortir de la zone euro (pour gagner des voix centristes). Le président ayant été élu par le Parlement, les soutiens des partis populistes dénoncent la mainmise de l’establishment (le fameux, encore une fois). Quoiqu’il en soit, l’Italie est sans gouvernement depuis 86 jours, un record depuis la Seconde Guerre mondiale. Les citoyens seront sûrement amenés à retourner aux urnes dans les prochains mois. 

L’Afrique de l’est et les pirates
Pour beaucoup le mot “pirate” renvoie à une chose du passé, avec des marins criminels à l’hygiène peu soignée, en quête de trésors perdus ou de marchandises à voler. Or, outre le folklore, la piraterie existe bien toujours, et elle est en hausse dans la région de la Corne de l’Afrique. La plupart des attaques ont échoué, mais le nombre de tentatives a largement augmenté en 2017. L’Afrique de l’est a longtemps été le cœur de la piraterie internationale, suite à la guerre civile somalienne, mais la fréquence des attaques avait largement diminué suite à d’importants efforts internationaux pour sécuriser les routes commerciales autour du Golfe d’Aden. La piraterie avait alors augmenté en Afrique de l’ouest, vers les côtes du Golfe de Guinée. Mais l’instabilité à l’est, notamment due à la guerre civile yéménite, promet à nouveau aux pirates un terrain de chasse avec peu de contrôles maritimes. 

Une hausse de la piraterie qui implique des coûts pour des gouvernements de la région déjà en situation très difficile, mais qui peut impliquer de bons avantages pour certains: des sociétés militaires privées (on en parlait ici) proposent leurs services aux particuliers cherchant à traverser le coin sans problème. Parmi les SMP les plus impliquées là-bas, une bien de chez nous: Secopex.

Localisation des attaques de piraterie à l’est de l’Afrique, en 2017. La plupart se situent vers les côtes du Yémen.

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