Kim Jong-un en Chine, le profit de la guerre, Israël et ses nouveaux copains arabes

La chaleur revient au Kosovo. L’occasion de vous inviter à liker la page Facebook de Imaginatorium, le projet sur lequel je travaille en tant que volontaire, visant à apporter une première approche éducative à des enfants roms défavorisés. Vous y verrez des belles photos, des chouettes vidéos, et tout plein d’activités géniales que l’on propose.
Aujourd’hui on évoque l’actualité avec la visite surprise de Kim Jong-un en Chine, puis on apporte une réflexion sur le développement des Sociétés Militaires Privées, ainsi que sur la nouvelle place d’Israël dans le monde arabe. On finit par recommander un jeu vidéo incontournable gratuit pour encore peu de temps. Bonne lecture!

La Corée du Nord, la Chine et les États-Unis?
Kim Jong-un a créé la surprise cette semaine en se rendant dans le plus grand secret en Chine, à bord d’un train militaire, pour rencontrer Xi Jinping, son confrère chinois. Pour Bloomberg, l’entretien apparaît comme un message adressé aux États-Unis: alors que des officiels sud-coréens et nord-coréens doivent se rencontrer sur la DMZ (la zone démilitarisée séparant les deux Corées) et que Trump et Kim ont convenu de se rencontrer courant 2018, la Chine montre qu’elle sécurise ses intérêts vis-à-vis de son allié nord coréen. Dans un contexte de guerre économique initiée par Trump, Xi Jinping rappelle qu’il veut préserver une saine relation économique avec le pays du Juche (idéologie officielle de la Corée du Nord). 
Kim a succédé à son père en 2011. En 7 ans, c’est sa première rencontre avec un chef d’État étranger. L’isolation extrême de la Corée du Nord, à moitié voulue, à moitié subie, fait de l’allié chinois un élément vital de la diplomatie nord coréenne. Les entretiens historiques à venir entre les USA, la Corée du Sud et la Corée du Nord vont être déterminants dans la stabilité de la région.

Photo historique de la rencontre entre Kim Jong-un et Xi Jinping, première visite officielle du leader nord-coréen à l’étranger

Les armées et le secteur privé
Le Remote Warfare Progamme vient de sortir une nouvelle étude sur le développement de l’industrie militaire privée. Il faut en premier lieu bien faire la distinction entre les Sociétés Militaires Privées (SMP) et les mercenaires, même si la démarcation est parfois floue. Les SMP proposent en général plutôt de la sous-traitance sur le plan logistique, comme la fourniture et l’installation de bien militaires, la gestion d’un réseau de télécommunications, voire fournir une analyse géopolitique et militaire pour une armée nationale (non, ce n’est pas le but de cette newsletter). Un mercenaire cherchera lui plutôt un gain individuel, en tant que soldat, se proposant au plus offrant. On parle aujourd’hui rarement de mercenariat, surtout dans les puissances occidentales. Restent pourtant des exemples de groupes armés privés sous contrat avec des États pour mener des combats, comme la tristement célèbre compagnie Blackwater, renommée Academi. L’intérêt pour les pays de recourir à ces groupes privés repose dans leur flexibilité et rapidité d’action, due à leur plus petite taille. Les SMP permettent alors de couvrir plus de terrain en cas d’opérations d’envergure, comme les guerres américaines au Moyen-Orient, tout en réduisant les coûts.

L’explosion du recours aux contrats avec les SMP à partir des années 1980, puis d’autant plus après le 11 septembre 2001, est principalement dûe au changement de paradigme dans la conduite des stratégies militaires des grandes puissances. Auparavant, les armées nationales étaient envoyées en masse dans un lieu précis, souvent proche de leurs frontières, pour participer à un conflit. Les “guerres de projection” vont devenir la nouvelle norme pendant la guerre froide, où les deux blocs cherchent à s’implanter militairement sur tous les continent. Ce besoin d’une présence très large, très étendue, et de mener des opérations à plusieurs endroits simultanément va demander de recourir à des organismes privés pour compléter les capacités des forces nationales.

Finalement, le développement des contrats militaires privés est lié aux phénomènes de globalisation et de libéralisation qui gagnent l’ensemble des continents et s’accélèrent depuis la fin de la guerre froide. L’explosion technologique accompagne également ce besoin d’organismes privés spécialisés, dotés des compétences pour la mise en place, l’utilisation et la maintenance d’outils de haute technologie. L’article mentionne rapidement l’emprise des entreprises privées sur la conduite des opérations de drones américains, souvent vivement critiquées. L’article s’inquiète, un peu trop brièvement, sur l’absence de contrôle de ces SMP, et l’emprise qu’elles prennent sur les compétences des armées nationales, de plus en plus incapables de gérer elles-mêmes certains domaines de leur activité, les rendant donc dépendantes d’acteurs privés motivés par le profit. Une autre source d’inquiétude, pas vraiment évoquée, concerne la motivation principale de ces boîtes: le profit. Si ces groupes sont employés uniquement en temps de guerre, le complexe militaro-industriel privatisé n’a-t-il pas pour intérêt d’entretenir les conflits et les politiques agressives? Ne retrouvent-ils pas le sourire en voyant les promesses de guerres de Donald Trump?

Pour les fans de jeux vidéo, Metal Gear Solid 4: Guns of the Patriots se penche principalement sur cette problématique, imaginant un monde où les SMP ont gagné une autonomie suffisante pour mener les conflits entre elles afin de s’accaparer des ressources. Sans aller jusqu’à imaginer un remplacement des armées nationales par des armées privées, on peut s’interroger sur les risques de laisser des organisations guidées par la recherche de profit s’impliquer dans le domaine militaire et guerrier. 

Israël et ses nouveaux copains arabes
On oppose souvent comme ennemis Israël et tous les pays arabes. Si ça n’a jamais été entièrement vrai (l’Arabie Saoudite n’a jamais vraiment été dans la confrontation avec l’État juif qui partage le même grand ami américain). ça l’est surtout de moins en moins assure Foreign Policy. Le rapprochement avec l’Égypte, ancien ennemi de guerre, est le plus spectaculaire. Alors qu’Israël est devenu une puissance exportatrice d’énergie, l’Égypte a considéré qu’elle avait bien plus intérêt à commercer avec son voisin plutôt que de poursuivre l’inimitié. On retrouve le même phénomène chez les pays du Golfe, intéressés par de nombreuses technologies israéliennes. De plus, les États arabes se méfiant de l’influence de l’Iran, comme l’Égypte d’al-Sissi proche de l’Arabie Saoudite, se réjouissent de la farouche et agressive opposition de l’État d’Israël à la présence de l’Iran au Moyen-Orient arabe. La conséquence étonnante de ce revirement dans l’environnement des relations internationales de la région, c’est l’abandon par les États arabes de la cause palestinienne, qui pourrait se retrouver principalement supportée par, justement, l’Iran (qui soutient déjà activement le Hamas). 

De manière plus générale, cette description d’un État d’Israël améliorant ses relations avec les pays arabes anciennement ennemis contrevient radicalement avec la théorie du “Choc des civilisations”, largement relayé dans nos médias. Cette théorie développée dans un essai de l’américain Samuel Huntington (notez bien un “essai”, et non un travail académique à rigueur scientifique) décrit un monde post-guerre froide où les peuples, plutôt que de se battre pour des idéologies vont se battre contre des peuples de culture différente. L’auteur dessine alors un monde divisé en différentes “civilisations”, mappemonde fondée sur rien d’autre que ses propres clichés sur les différentes cultures du monde, qui vont s’affronter entre elles pour défendre leur religion, leur manière de vivre, etc. Les exemples sont effectivement nombreux (on peut penser aux Balkans, au Moyen-Orient, etc.), mais la lecture religieuse d’un conflit est toujours une analyse bien trop pauvre, qui omet un grand nombre de facteurs primordiaux comme l’économie et la volonté d’influence politique. Le fait que des puissances musulmanes, sunnites et chiites, nouent des liens de plus en plus forts avec l’État juif est bien la preuve de la faiblesse de cette division essentialiste entre “civilisations” ou religions. 

Le jeu vidéo et l’antimilitarisme
Ceux qui me connaissent savent mon amour pour les jeux vidéo. Humble Bundle propose l’excellent Spec Ops: The Line gratuitement pour une durée très limitée (trente heures à partir de la réception de cet email). Présenté au public comme un énième shooter à la Call of Duty, le jeu se révèle très rapidement être une critique acerbe des opérations militaires américaines au Moyen-Orient, si ce n’est une critique de toutes les guerres, par définition sanglantes, et toujours des tragédies évitables. Je vous conseille très fort d’obtenir ce jeu, d’y jouer un jour, et d’essayer de faire le lien avec des exemples concrets de guerres immondes, notamment l’invasion américaine en Irak. 

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