L’ONU en Syrie, la Chine partout… et Black Panther

J’ai mis du temps à écrire celle-là parce que mon ordi m’a lâchement lâché, mais il va falloir vous habituer parce que je recommence à faire quelque chose de ma vie dans très peu de temps. Aujourd’hui j’essaie d’expliquer et de défendre l’ONU, et pas juste parce que j’y étais stagiaire non-payé (il faut que je revois mes notions de sponsoring). On parle ensuite de l’argent de l’État Islamique, de la Chine et de ses routes (encore), des soi-disant nouveaux missiles de la Russie, de Black Panther (oui oui) et on finit en vidéo avec la fin de la série d’ExtraCredits sur la crise des missiles de Cuba. Bonne lecture!

Le Conseil de Sécurité et la Syrie
Les médias ont tous joyeusement repris la nouvelle samedi: le Conseil de Sécurité des Nations Unies a unanimement voté pour une trêve humanitaire en Syrie (c’est-à-dire un cessez-le-feu au moins temporaire pour permettre l’accès aux organisations humanitaires dans les zones les plus sensibles). C’est une grosse nouvelle car la Russie n’y a pas opposé son véto, contrairement à un bon nombre de fois depuis le début du conflit. Évidemment, la trêve n’aura duré que quelques heures, comme très souvent.

Mais c’est peut-être l’occasion de clarifier ce que c’est que le Conseil de Sécurité de l’ONU, et plus largement, ce que c’est l’ONU. J’entends très souvent les railleries sur la prétendue inutilité de l’ONU (on ne retient que ce qui ne va pas), alors que l’organisation est un système très complexe, et que ce n’est certainement pas les fonctionnaires internationaux qui y travaillent qui s’opposent à la résolution du conflit (j’ai déjà fais des louanges à l’un d’eux).

L’ONU est en projet vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, quand les puissances alliées savent qu’elles vont gagner le conflit. L’idée est de fonder un nouvel ordre mondial, privilégiant la coopération entre les nations pour faire avancer l’humanité sur la voie du progrès, tout en favorisant le développement, en protégeant les droits humains et en garantissant la paix. Dans cette dernière optique est créé le Conseil de Sécurité, qui réunit de droit les cinq puissances vainqueurs de 1945 (États-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, URSS maintenant Russie). Dix autres membres sont régulièrement élus, par répartition géographique. Les cinq membres permanents possèdent ce fameux droit de véto qui leur permet d’empêcher toute résolution. Or c’est le Conseil de Sécurité qui a le réel pouvoir de décision politique, là où l’assemblée générale (les 193 États, ayant tous une voix équivalente, sans droit de véto pour qui que ce soit) n’a quasiment qu’un pouvoir de recommandation. Toutes les opérations de maintien de la paix, par exemple, doivent être approuvées par le Conseil de Sécurité, ce qui pose vite un problème quand un des cinq membres possédant le droit de véto est impliqué dans le conflit en question, comme en Syrie. 

Mais l’ONU c’est aussi, et peut-être surtout, un organe indépendant des États, le Secrétariat Général, dont les membres n’ont pas à répondre aux différentes nations (bien que le but reste de ne froisser personne et de promouvoir la coopération entre les différents acteurs). L’ONU c’est aussi des agences indépendantes, comme le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme, qui vont enquêter sur la situation dans les différents pays pour noter les manquements et travailler à leur réparation. Les nombreux rapports qui finissent en chiffres repris par les médias viennent souvent de ces agences, et de leurs fonctionnaires sur le terrain, jamais payé par quiconque autre que l’ONU. Et ces agences, elles sont bien présentes en Syrie. À titre d’exemples parmi des dizaines, UNICEF, le Haut Commissariat pour les réfugiés, l’agence de coordination du travail humanitaire OCHA, l’UNESCO, etc. Tous ces agents de l’ONU travaillent dans des conditions extrêmement difficiles, que ce soit sur place ou dans les postes régionaux dans les environs, avec peu de moyens, et avec des États ou des groupes paramilitaires qui font tout pour rendre leur travail impossible. J’aimerais qu’on rappelle ça aux gens qui disent que “l’ONU ça sert à rien”, et leur rappeler que ceux qui partent en guerre en vendent des armes, c’est pas l’ONU.

PS: l’ONU c’est aussi de très nombreuses agences plus techniques auxquelles je comprends pas grand chose, mais qui, en harmonisant les normes et en partageant les connaissances, vous permettent d’utiliser votre portable partout dans le monde et de ne pas mourir empoisonnés par votre dentifrice. Le genre de petites, ou grosses victoires qu’on ne perçoit pas, qui ne sont pas quantifiables, donc dont on ne parle jamais.

Un organigramme simplifié du fonctionnement de l’ONU

L’État Islamique et l’argent
On ne cesse de le répéter, l’État Islamique se meurt doucement, ou en tous cas perd la quasi-entièreté de son territoire dans son fief au Levant. Mais, comme le rappelle The Economist, l’organisation est toujours vivante et n’a pas perdu ses sous. Et des sous, elle en a. Entre la revente clandestine de pétrole qu’elle extrayait, la saisie des réserves financières de la banque de Mossoul, la taxation des populations contrôlées, on estime que c’est l’organisation terroriste la plus riche de l’histoire, avec un PIB estimé à 6 milliards de dollars en 2015 (ce qui est plus que 40 vrais États reconnus). Sentant son territoire décroître, l’organisation a cherché à sécuriser son argent en l’envoyant ailleurs, principalement en utilisant le système de l’hawala, une très vieille méthode d’envoi de fonds intraçable. On accuse souvent ce système de financer le terrorisme depuis les attentats du 11 septembre, bien qu’il soit aujourd’hui largement utilisé par les populations civiles. Quoiqu’il en soit ça n’est pas peu inquiétant, puisque l’argent envoyé on ne sait où peut servir à maintenir opérationnelles des cellules de combat prêtes à lancer des vagues d’attaques terroristes dans différents pays. L’article mentionne aussi l’idée que Daech aurait investi dans différents commerces pour sécuriser leur argent. Peut être que la start-up nation séduit outre-Méditerranée,

La Chine, ses routes et le reste du monde
J’en parle tout le temps, mais parce que c’est important: la Chine construit un colossal réseau global d’infrastructures pour se placer au centre de l’économie mondiale. War is Boring développe l’hypothèse selon laquelle ce projet va changer le monde. Le fait d’intégrer une immense partie des différentes nations dans un seul réseau de communication changerait énormément le commerce mondial, poussant à une coordination plus poussée entre les États. Pour parfaire le plan, la Chine se propose pour aider des projets d’infrastructures dans des pays pauvres sur le chemin, comme la construction d’un barrage au Pakistan (pays récemment renié et humilié par les États-Unis) afin de faciliter la mise en place du réseau global dans son ensemble. L’article revient sur l’extension de l’influence chinoise dans les pays d’Asie centrale, très riches en ressources énergétiques, influence qui s’accroît par la simple mise en place du projet.

En parallèle, Trump vient d’annoncer son intention de taxer les importations d’aluminium et d’acier, mesure protectionniste condamnée par la Chine et l’Europe qui pourraient vouloir riposter dans cette “guerre économique”. 

La Russie et ses nouveaux missiles
Lors de son adresse à la nation, Vladimir Poutine a annoncé avoir fait développer des missiles balistiques intercontinentaux (ICBMs) invincibles, capables de frapper n’importe quel point sur le globe. Les missiles seraient “invincibles” car impossibles à détecter dû à leur basse altitude de vol. Son annonce s’est accompagnée d’une petite vidéo d’illustration qui montre une pluie d’ogives sur ce qui ressemble à la Floride, ce qui n’a pas manqué d’en froisser certains. Dur d’estimer la part de bluff, mais c’est surtout la course au nucléaire de plusieurs puissances qui devrait inquiéter, alors que des processus de désarmement sont mis en oeuvre depuis les années 1970.

Black Panther et le leadership
ATTENTION SPOILERS DANS L’ARTICLE. Le dernier Marvel est sorti, c’est certainement le Marvel le mieux écrit jusqu’à présent, et War is Boring (encore) s’amuse à faire une courte analyse sur la notion de leadership et de responsabilité dans le film. Le nouveau chef est confronté à un passé qui ne plait pas à tous, à une rébellion sortie de nulle part, et doit mettre en place une stratégie pour conserver son pouvoir tout en agissant justement (en respectant l’État de droit, si on veut). L’article ne l’évoque pas vraiment, mais le film montre, par le biais du système de tribus, l’importance des “clés du pouvoir” comme les appelle CGP Grey dans son excellente vidéo vulgarisant un excellent livre sur les mécaniques du pouvoir dans une dictature (mais peut être pas seulement). Mais on reviendra sûrement là dessus un jour.

J’aimerais d’ailleurs noter, puisque c’est le thème de cette newsletter, que les films Marvel proposent une vision de la géopolitique intéressante: l’instance suprême, ce ne sont pas les États-Unis, mais bien l’ONU. L’histoire de Black Panther est très liée à la représentation du pays Wakanda à l’ONU, et les Accords de Sokovia concernant les Avengers sont signés sous l’égide des Nations Unies qui veulent préfèrent les actions des super-héros sans les laisser devenir des armes incontrôlables servant les États. Les films font souvent référence à l’ONU comme organisation arbitre, impartiale, et plusieurs scènes avec de gros enjeux se passent dans les locaux des Nations Unies. C’est une représentation qu’on voit peu dans la pop culture, et c’est intéressant de le noter (et de l’encourager).

[VIDEO] La crise des missiles cubains, suite et fin
Puisque j’en avait parlé précédemment, je vous invite à finir la série d’ExtraCredits sur la crise la plus intense de notre histoire avec la suite, et la fin. Je conseille la chaîne pour les fans d’histoire puisqu’ils abordent beaucoup de périodes différentes (ils font actuellement l’histoire de Gengis Khan). Mais il faut savoir que c’est avant tout une chaîne de réflexion sur l’industrie du jeu vidéo, et que c’est tout aussi passionnant. 

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