Une incroyable première newsletter

Bienvenue dans le premier, et j’espère pas dernier, épisode de ma newsletter bancale sur la géopolitique. J’espère pouvoir continuer dans l’esprit du topic Géopolitique de Koreus, d’où vous venez certainement (bienvenue les autres aussi). Ici, on va parler de guerre, de paix, de discours enflammés, d’élections truquées, de génocides, de frontières contestées, d’armes sophistiquées… Beaucoup de choses joyeuses, toujours appuyées par des sources (souvent en anglais, mes excuses pour les non-anglophones). J’espère que ça vous intéressera autant que ça me passionne. Par contre, j’aime pas les contraintes, donc j’enverrai quand je considère que j’ai assez de contenu. Une fois par semaine, une fois tous les deux jours, deux fois par jour… M’en fous. Bonne lecture.

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Trump et l’Afrique

Trump a récemment traité plusieurs pays africains de “shithole”, en général traduit par “pays de merde”, pour souligner son rejet de l’immigration provenant de ces pays. Au-delà des mots vulgaires et très peu diplomatiques, c’est tout une politique isolationniste que mettent en place les États-Unis avec le “America First”. Alors qu’elle se détournait déjà depuis plusieurs années de ses anciens colons et des États-Unis, l’Afrique se tourne de plus en plus vers la Chine, qui se jette sur l’occasion pour remplir le vide. Alors que les anciennes puissances coloniales continuaient d’exploiter les matières premières du continent sans contre-partie, donc sans réellement permettre à ces pays de se développer, la Chine propose un nouveau modèle de collaboration: si elle envoie toujours souvent ses propres équipes sur place, et ne partage que peu les bénéfices avec les pays hôtes, l’empire du milieu propage une bonne image en investissant des sommes considérables dans des projets d’infrastructures ou de développement plus local (des hôpitaux, des écoles, etc.) Cette méthode, si elle peut apparaître comme de la charité pour les populations africaines qui accueillent de plus en plus favorablement les investisseurs chinois, reste une stratégie de contrôle, la Chine ayant son mot à dire sur le développement économique de ces pays, et pouvant y servir ses propres intérêts, notamment militaires,

Les États-Unis, les Kurdes et les Turcs

L’Administration Trump a annoncé vouloir créer une armée de 30 000 Kurdes au Nord de la Syrie. Le Président turc, Recep Tayyip Erdogan, n’est vraiment pas très content. Si les Kurdes sont le principal allié des États-Unis sur le terrain face à l’État Islamique, ils sont aussi perçus comme la principal menace par le régime turc. Le peuple kurde, peuple sans État étendu sur quatre pays (la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran) est devenu une hantise pour le régime turc au moins depuis la naissance de la guérilla indépendantiste dans les années 1970.
Le vrai problème avec ce projet américain, c’est que la Turquie fait partie de l’OTAN, tout comme les États-Unis, et qu’une telle dissension dans l’alliance militaire risque de vite poser problème. Erdogan parle déjà “d’armée de la terreur”, soulignant les liens entre les combattants kurdes en Syrie et ceux considérés terroristes dans son pays. La nouvelle a également agacé la Syrie de Bachar al-Assad, peu encline à voir les indépendantistes kurdes, qui contrôlent tout le nord du pays, sous la protection des États-Unis. Par extension, c’est également la Russie, alliée du régime syrien, qui a exprimé son mécontentement. C’est une possible victoire pour les indépendantistes du Rojava (région kurde de Syrie), qui tentent de s’auto-organiser politiquement selon le modèle du “municipalisme libertaire” théorisé par l’anarchiste américain Murray Bookchin. Les rageux crieront à la contradiction.

Les dirigeants européens au pouvoir depuis le plus longtemps
Le Yémen, les Houthis, la Coalition

La guerre civile au Yémen est considérée comme la pire crise humanitaire actuelle. C’est sûrement aussi la plus dure à comprendre. Cet article de Brookings permet d’y voir un peu plus clair sur la rébellion houthie et ses origines. Ce nouvel article du New York Times explique, de manière plus romancée, comment les acteurs du conflit se comportent et entretiennent la guerre, au détriment des civils.

Pour résumer grossièrement l’histoire de cette crise, Ali Abdallah Saleh était président du Yémen depuis plusieurs décennies, réussissant habilement à unir toutes les tribus et groupes religieux locaux. Les Houthis, un groupe chiite du nord du pays, commence à émettre des revendications économiques, puis politiques, pour protéger leur région. Leur discours se radicalise dans les années 2000 avec la vague anti-américaine qui suit les attentats du 11 Septembre. Les Houthis sont plus ou moins publiquement soutenus par l’Iran, ce qui permet au président Saleh de réclamer un soutien aux États-Unis (qui n’aimaient déjà pas trop l’Iran). En 2011 se propage le Printemps Arabe. Suite à des violences dans le pays, Saleh démissionne, et un nouveau président, très proche de l’Arabie Saoudite voisine, lui succède. Les Houthis sont outrés par les politiques mises en place, qui marginalisent encore plus que sous Saleh leur région (sans compter les griefs politiques et religieux tenus contre l’Arabie Saoudite sunnite). Dans un impressionnant retournement de veste, les Houthis se mettent à soutenir Saleh, leur ennemi quelques années plus tôt, et entament une violente guérilla pour le replacer au pouvoir. Ils s’emparent de tout le nord-ouest du pays, y compris la capitale Sana’a. L’Arabie Saoudite forme une coalition d’États alliés, dont les États-Unis, pour mater la rébellion houthie soutenue par l’ennemi iranien, et remettre au pouvoir le président en exil. Dans tout ce vacarme, un autre joueur veut venir s’amuser: Al Qaeda contrôle plusieurs vastes zones à l’Est, y compris des zones côtières stratégiques. Dans un énième rebondissement, les Houthis ont récemment assassiné Saleh après qu’il ait exprimé un peu trop fort des critiques à leur encontre. Rien à envier à Game of Thrones.

Quelle que soit l’issue, les vrais perdants sont les civils. Le pays voit renaître une épidémie de choléra, une famine extrême menace de s’intensifier, une grande partie de la population n’a plus accès aux systèmes de santé, sans compter la fréquence des bombardements sous direction saoudienne et la poigne de fer du régime houthi.

En rouge, la zone contrôlée par les rebelles houthis
En bleu, la zone contrôlé par la coalition saoudienne
En vert, la zone contrôlée par Al Qaeda
L’erreur humaine et la bombe nucléaire

Samedi dernier, les habitants d’Hawaii ont reçu une fausse alerte à l’attaque nucléaire sur leur téléphone, suite à l’erreur d’un technicien. Au-delà de la vague de panique compréhensible, cela pose la question du risque de réelle contre-attaque possible suite à une erreur de détection. The Atlantic revient sur le risque de riposte précipitée par Trump dans ce cas de figure. L’humanité est passée proche de l’extinction pour cette exacte même raison en 1983, et doit son salut à la désobéissance d’un seul homme. Tant que les armes nucléaires existent, ce risque existe. 

Les États-Unis et le Salvador

Trump a annoncé la fin d’un programme de protection qui empêchait le retour de 200 000 Salvadoriens dans leur pays. Au delà du drame humanitaire pour les personnes ayant fui la misère et la violence, les envois d’argent aux familles des Salvadoriens travaillant aux États-Unis représentent 17% du PIB du pays. Les envois de fonds sont souvent une grande ressource pour les petits pays en voie de développement, et une telle décision, qui peut paraître ne concerner que les États-Unis, peut avoir des conséquences directes pour d’autres pays et régions. Autre preuve s’il en fallait une que l’élection de Trump est une catastrophe pour tout le monde.

J’espère que vous apprenez deux trois trucs, et que ça ressemble pas trop au sketch des Inconnus sur les gens comme moi. Bon courage à tous les copains qui ont des crypto-monnaies, on panique pas, c’est en train de remonter.

À bientôt

Jerem.

 

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