L’hégémonie américaine en question?

 

On met à jour ce dont on parlait dernièrement: la Turquie a permis un accès terrestre à l’Armée Syrienne Libre dans le canton kurde d’Afrin, et le groupe pro-Turcs contrôle actuellement une poignée de villages. L’aviation turque bombarde intensément Afrin, le chef-lieu du canton, ainsi que d’autres localités pour soutenir l’avancée des paramilitaires. On parle d’une quarantaine de morts dans chaque camp. On en reparle un peu plus loin dans la newsletter.
Aujourd’hui, un gros sujet sur la remise en cause de l’hégémonie américaine depuis l’élection de Trump, un retour sur l’implication internationale de l’intervention de Erdogan à Afrin, un regard sur les pertes animales pendant une guerre et une vidéo pour se détendre (ou pas).
Les Américains et le reste du monde
Un récent rapport a fait beaucoup de bruit chez les commentateurs américains: la confiance internationale dans le leadership américain a baissé de 20% depuis l’élection de Trump. Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis sont considérés comme la puissance dominante incontestée, faisant d’eux un “hégémon” mondial (c’est-à-dire celui qui jouit d’une hégémonie). Beaucoup de penseurs américains étaient super contents: puisqu’ils ont gagné, le monde va donc se caler sur le modèle libéral américain et la paix démocratique va triompher (on citera uniquement le plus porteur, Francis Fukuyama, qui théorisait une “fin de l’Histoire” qui n’est jamais arrivé).
Donc, les Américains sont contents, mais quid du reste du monde? Une grande partie des États et des institutions internationales ont accepté la domination américaine sans trop broncher, acceptant de jouer le jeu du libéralisme et favorisant la coopération avec l’Occident (par volonté ou par instinct de survie, c’est toujours dur à dire). L’anti-américanisme subsistait évidemment, mais restait marginal.
Ce nouveau rapport, pas une grande surprise, reste un choc pour les politiques américains, surtout conservateurs, qui tiennent à rester le pays qui dirige le monde. Si les États-Unis sont le plus grand contributeur au budget de l’ONU, à l’aide internationale, et à diverses organisations internationales, ce n’est pas par charité, mais pour avoir un droit de regard dans les affaires du monde entier. Trump est en train de remettre tout ça en question, avec une politique radicalement isolationniste et une diplomatie bien loin de la coopération. Le journaliste Fred Kaplan revient sur ce lâcher prise du leadership américain par le gouvernement, et ce que ça implique pour le système international. D’un système bipolaire lors de la guerre froide l’on est passé à un système unipolaire sous hégémonie américaine. On est en droit de se demander si l’on se dirige, assez rapidement, vers un monde multipolaire où les puissances telles la Chine, la Russie, l’Europe et autres peuvent assez bien sortir leur épingle du jeu pour contre-balancer la puissance américaine, et changer la manière de coopérer (ou de s’affronter). Le passage à un monde multipolaire est le grand combat de la Russie depuis les années 2000, suivant le calcul simple que si les États-Unis ne sont plus le chef, la Russie gagne en puissance. Une perspective qui énerve certains dans le propre camp du Président américain (notamment le sénateur John McCain, mais citons aussi le très bon journaliste et auteur Fareed Zakaria) et qui fragilise donc son pouvoir aux États-Unis. Cette semaine a lieu la réunion annuelle du Forum Économique Mondial à Davos, qui pourrait être déterminante pour la suite des événements.
Une carte des changements d’approbation du leadership américain, entre 2016 et 2017. La baisse de confiance est particulièrement importante dans les nations occidentales et l’Amérique Latine encore très dépendante des États-Unis. Ironiquement, la Russie et ses alliés sont plutôt contents.
Les Turcs, les Kurdes, et les autres (bis)
Un article de The Guardian qui revient sur mon gros sujet de la dernière fois: l’intervention militaire d’Erdogan dans le canton kurde d’Afrin. Pour l’auteur, c’est un “pari risqué” au niveau international, puisque aucune grande puissance ne soutient son initiative. Le régime al-Assad est évidemment outré, la Turquie laissant des groupes rebelles contrôler de plus en plus de terrain en Syrie, au mépris de la souveraineté nationale (Damas n’exclut pas de riposter militairement). Ses alliés russe et iranien préfèrent voir le nord de la Syrie contrôlé par les Kurdes que par l’État Islamique ou des groupes rebelles hostiles au régime syrien. Les États-Unis, qui utilisent les Kurdes pour renforcer leur présence militaire dans le pays, ne sont pas non plus super fans de l’idée. Un dangereux bluff pour le Président turc.
La guerre et les animaux
The Atlantic revient sur une question peu abordée: les pertes animales causées par la guerre.La longue guerre civile au Mozambique s’est révélée dévastatrice pour l’écosystème local, les différents groupes armés, mais aussi des civils, tuant les éléphants pour leur ivoire (un marché toujours très juteux aujourd’hui) et les autres animaux principalement pour leur viande. Environ 90% des grands animaux du territoire ont succombé durant la guerre, tués ou affamés. Le Mozambique n’est qu’un exemple parmi d’autres mentionnés dans l’article en question. Une réflexion qui doit rappeler que les questions de sécurités sont très liées à d’autres questions (d’écologie, de développement, d’économie, etc.), ce que l’on essaiera d’illustrer aussi souvent que possible dans cette newsletter.
[VIDEO] Les Kurdes et les Jihadistes, mais Français
Voici un extrait du JT de France 2, en reportage chez les Kurdes en Syrie. Ces derniers ont capturé un membre de l’État Islamique français, qui a accepté de témoigner à visage découvert devant la caméra. Avec une confiance assez arrogante, il explique ne pas vraiment être un combattant, et qu’il compte rentrer chez lui rapidement. Le garde de la milice kurde, qui se révèle être également français, l’interpelle pour lui rappeler qu’il devra répondre de ses actes, pour tous ses camarades morts au combat. Une scène assez glaçante qui illustre la folie des événements en cours.
À noter que le jihadiste vient de la ville de Lunel, dans l’Hérault, connue pour être un gros point d’envoi de combattants jihadistes en Syrie, sans qu’on se l’explique vraiment. Sur les 25 000 habitants, une vingtaine se sont rendus en Syrie, et six seraient morts là bas.
À noter également que le fait qu’un français fasse partie des rangs des YPG kurdes (“Unités de Protection du Peuple”) n’a rien d’exceptionnel non plus. La révolution kurde se base aujourd’hui sur les principes de l’anarchiste américain Murray Bookchin, ce qui donne envie à beaucoup d’anarchistes et communistes du monde entier de venir combattre et participer à la construction de cette nouvelle société (qui s’en sort très bien ndlr).
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