Le puzzle libyen et la Corée du Nord aux JO du nucléaire

Aujourd’hui on s’attarde sur la complexe situation en Libye (et croyez-moi, on effleure seulement le sujet), on revient sur la Corée du Nord et sa stratégie diplomatique à travers les JO, puis on enchaîne avec deux tristes constatations sur la Syrie et le nombre d’enfants touchés par la guerre. Mais pour se relaxer (ou pas) on finira par une vidéo! Bonne lecture.

La Libye, la Russie et le reste
Le New York Times s’inquiète de l’influence croissante de la Russie dans les affaires libyennes, alors que l’Administration Trump se désengage de plus en plus des affaires de l’État. Une bonne occasion d’essayer de comprendre un peu mieux ce qu’il se passe dans ce pays si proche de l’Europe.

En 2011 a lieu le Printemps Arabe, parti de la Tunisie voisine. Le mouvement ne tarde pas à s’étendre à tout le reste du monde musulman. La Libye, sous la poigne ferme du Colonel Kadhafi, ne fait pas exception. Prétextant un devoir humanitaire, l’OTAN intervient pour renverser le dirigeant, foulant ses engagements pris auprès de la Russie à l’ONU: une intervention accordée par le Conseil de Sécurité ne devait être qu’une aide humanitaire pour les populations civiles, mais la France et les États-Unis en ont profité pour lancer une opération militaire. Beaucoup avancent l’idée que si la Russie est aujourd’hui si réticente à accorder quoique ce soit sur la question syrienne, c’est suite à cet abus de confiance en Libye. 

Une fois le colonel assassiné dans des circonstances très étranges, le pays se retrouve en proie à différentes factions concurrentes pour le pouvoir. Sans retracer toute l’histoire du conflit (qui s’est aussi déroulé au niveau administratif, avec une des deux chambres parlementaires refusant l’autorité de l’autre), retenons qu’il reste aujourd’hui deux gouvernements: à l’Ouest, tenant la capitale Tripoli, le gouvernement de Fayez el-Sarraj, officiellement reconnu par l’ONU. À l’Est, contrôlant une grande partie du territoire et une importante manne pétrolière, règne le gouvernement de Tobrouk, sous la direction du Maréchal Haftar, dignitaire de l’ancien régime Kadhafi. Ce deuxième gouvernement base son autorité sur la scission de la chambre des représentants évoquée plus haut. S’il n’est pas reconnu aux Nations Unies, il entretient tout de même des relations assez étroites avec la Russie et l’Égypte voisine entre autres. Les efforts internationaux pour former un gouvernement d’entente nationale progressent plutôt bien, et même notre Président y travaille (le but étant à terme de stabiliser le pays pour pouvoir juguler le flux d’immigration le traversant). Mais l’influence de la Russie sur le Maréchal Haftar, lui même très influent sur une grosse partie du pays, peut inquiéter l’Occident, et notamment l’Europe à quelques kilomètres. Même si une entente nationale arrive à être mise en place, la Russie aura peut être eu le temps de placer ses pions dans les couloirs des institutions du pays, sécurisant des relations privilégiées concernant le commerce, le jeu diplomatique, ou même les affaires militaires.

La situation libyenne est actuellement plutôt stable, les deux gouvernements coexistant et dialoguant de mieux en mieux. Mais ajoutez à cela la présence de Daech dans les zones côtières, les volontés indépendantistes de la Cyrénaïque (partie Est du pays), et le contrôle d’une partie du désert par les tribus Touaregs et Toubous, et vous vous retrouvez avec une bonne soupe de problèmes supplémentaires. 

En bleu, le gouvernement de Fayez el-Sarraj reconnu par l’ONU
En rouge, le gouvernement de Tobrouk dirigé par le Maréchal Haftar
En rose, les régions contrôlées par des tribus Touargs

La Corée du Nord, le charme et la crise
La Corée du Nord se met à jouer les gentils. Ils paradent aux JO avec leur némésis du Sud, ils envoient la jolie et souriante soeur du leader serrer la main du Président Sud-coréen, ils mettent en pause la rhétorique guerrière… The Star nous rappelle que ça n’a rien d’une révélation mystique, et que cette stratégie est même très intelligente pour atteindre les objectifs militaires du régime. En se rapprochant de la Corée du Sud, pour l’instant de manière uniquement symbolique, Pyongyang s’accorde le luxe de déplacer la crise vers les États-Unis. Alors que les relations coréennes se réchauffent, il devient plus difficile diplomatiquement pour les États-Unis d’asséner de lourdes sanctions et de menacer d’attaques la Corée du Nord. Les JO servent d’excuse parfaite pour parfaire l’image de Pyongyang, qui aspire à avoir sa place dans l’arène internationale. Cerise sur le gâteau: tout ceci se fait sans que le régime Kim n’ait évoqué quoique ce soit concernant son programme nucléaire, qu’il poursuit comme auparavant. Sans arguer que c’est un rapprochement de façade entre les deux Corées (on ne le souhaite pas), il est clair que c’est un coup de maître de Kim dans la bagarre diplomatique qui se joue avec les États-Unis. Alors que le pays est sur le point d’achever un objectif crucial de son programme nucléaire (miniaturiser les ogives nucléaires pour les placer dans des ICBMs), le régime fait en sorte d’être inattaquable, ou du moins de rendre toute attaque ou sanction très coûteuse pour l’image des États-Unis. La magie du sport?

Les Nations Unies et la Syrie
Depuis quatre ans, le diplomate italien Staffan de Mistura est Envoyé Spécial des Nations Unies sur la crise syrienne. Son job, ambitieux au possible, est de réunir les acteurs en conflit pour trouver des solutions politiques, et surtout pacifiques. Il a déclaré ces derniers jours que durant l’entièreté de son mandat il n’a jamais connu de période aussi sanglante et inquiétante pour l’avenir du pays.
J’entends souvent des jeunes accuser l’ONU de ne rien faire en Syrie, donc de ne servir à rien. L’ONU n’est pas, peut-être malheureusement, un gendarme du monde. C’est un lieu de négociation entre tous les États. Si l’ONU ne fait rien en Syrie depuis des années, c’est pour une seule et unique raison: la Russie pose son véto contre toute action envisagée au Conseil de Sécurité. Ce n’est pas l’ONU, c’est l’État russe. Staffan de Mistura, lui, c’est l’ONU. C’est le dernier acteur impartial à tenter de trouver des solutions durables, à chercher des solutions d’urgence pour protéger les civils, et à promouvoir un combat pour la paix qu’il a l’air d’être le dernier à vraiment porter aujourd’hui dans ce genre d’arène. Quand vous pensez à l’ONU, essayez de plutôt penser à lui. Et je ne dis même pas tout ça parce qu’il avait son bureau pas loin du mien. 

Les enfants et la guerre
Dans le monde, un enfant sur six vit dans une zone de guerre. Prenez le temps de visualiser l’ampleur de ce chiffre. Essayez d’imaginer les conséquences pour la génération de jeunes traumatisés, voire d’apprentis soldats qui grandit, dont une grande partie sur les routes migratoires.

[VIDEO] 1962: Cuba et les missiles
L’excellente chaîne Youtube Extra Credits commence une nouvelle série historique sur la crise des missiles cubains de 1962, considérée comme la crise internationale la plus intense de l’histoire, fort heureusement désamorcée avant que tout le monde ne meurt dans un feu d’artifice nucléaire. Le premier épisode est en ligne.

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